Le président chypriote a menacé à plusieurs reprises de démissionner et d’ajouter ainsi une vacance de pouvoir à cette crise. Entamées dimanche en début d’après-midi et achevées cette nuit à plus de 2h du matin, les négociations auront duré quelques douze heures mais un accord a donc été trouvé qui permet à Chypre d’éviter une complète banqueroute et de rester dans la monnaie unique. Salué par une remontée de l’euro et des bourses asiatiques qui ouvraient au même moment, cet accord conduira à la pure et simple fermeture de la deuxième banque du pays, la Popular bank of Cyprus, et à une décote élevée, mais dont le montant reste à déterminer en fonction des besoins, sur l’ensemble des dépôts bancaires de plus de 100 000 euros. La grande différence avec l’accord d’il y a dix jours dont le Parlement chypriote avait rejeté les termes est que les comptes de moins de 100 000 euros ne seront pas touchés et que les petits et moyens épargnants seront ainsi protégés au détriment des plus gros. D’apparence technique et sociale, ce nouvel accord qui a, lui, toute chance d’être appliqué relève en fait d’un choix fondamental auquel Chypre s’est finalement résolu. Sommés par l’Union européenne d’apporter sept milliards d’euros au sauvetage de leur pays en contrepartie du prêt de dix milliards qu’elle lui consent, les dirigeants chypriotes avaient opté dans un premier temps pour des prélèvements sur tous les dépôts bancaires, de près de 7% au dessous de la barre des 100 000 euros et de près de 10% au dessus. Ils avaient voulu par là limiter les pertes des déposants russes, très nombreux dans l’île, afin d’éviter qu’ils n’aillent se placer ailleurs après avoir essuyé leurs pertes.La semaine dernière, les dirigeants chypriotes avaient, autrement dit, voulu sacrifier les petits déposants nationaux au profit des détenteurs russes de gros comptes car leur pays vit, depuis la fin des années 80, des grandes fortunes qui se sont constituées en Russie à la faveur du passage à l’économie de marché. Chypre était alors devenue le refuge privilégié de cet argent aux origines douteuses qui était blanchi dans ses banques avant de retourner pour partie s’investir en Russie sous forme de capitaux prétendument étrangers. La présence russe profitait non seulement aux banques chypriotes mais également à toute l’économie d’un pays dont le russe avait fini par être une sorte de seconde langue presque aussi utilisée que l’anglais dans les publicités et les transactions. C’est pour cela, à cause de l’importance des intérêts en jeu, que les dirigeants chypriotes avaient fait ce choix initial mais la révolte populaire qu’il avait suscitée les a maintenant conduits à faire machine arrière. Après avoir immensément profité de la bienveillance et de la discrétion de Chypre, les entreprises et grandes fortunes russes vont contribuer à son redressement. Très loin de saigner un peuple, l’Union européenne normalise, à la faveur de cette crise, une économie pirate qui élargissait, qui plus est, ses revenus en attirant sur son sol des sociétés étrangères qui n’y étaient imposées qu’à 10% de leurs bénéfices. Chypre est en grande difficulté mais ce sont le blanchiment et le dumping fiscal qui sont les premières victimes de ce sauvetage et il serait très paradoxal d’en blâmer l’Union.

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