134 villageois peuls massacrés dans le centre du Mali révèlent une profonde carence de l’État, et l’échec de la stabilisation du pays après les succès militaires contre les groupes armés dans le nord.

Véhicule de l’armée malienne : l’absence d’État dans le centre du Mali a poussé les villageois à créer des milices d’autodéfense.
Véhicule de l’armée malienne : l’absence d’État dans le centre du Mali a poussé les villageois à créer des milices d’autodéfense. © AFP / Agnes COUDURIER / AFP

134 personnes, des hommes, des femmes et des enfants, massacrées samedi au petit matin, par des miliciens dans le village d’Amassagou, dans le centre du Mali. L’attaque la plus meurtrière depuis six ans dans ce pays. Le choc est immense, et le gouvernement a limogé hier plusieurs hauts gradés et dissout une milice.

Ce massacre, dans un pays où l’armée française intervient depuis 2012 pour lutter contre les djihadistes, montre à quel point la réponse n’est pas que militaire aux menaces des groupes armés. 

C’est le cas, on le sait bien, en Irak et en Syrie où Daech vient de perdre son dernier bastion, mais où tout reste à faire sur le plan politique et humain ; Et c’est le cas au Mali où les succès militaires des Français et de leurs alliés cachent mal l’échec de la construction d’un État fonctionnel.

Les victimes sont des Peuls, ce peuple d’éleveurs établi dans toute l’Afrique de l’Ouest. C’est parmi eux que recrute principalement un prédicateur djihadiste apparu dans la région il y a quatre ans, Amadou Koufa, plus ou moins lié à la nébuleuse Al Qaeda, qui a déclenché des violences faisant des centaines de morts.

Cette situation vaut aux éleveurs peuls l’hostilité de leurs voisins dogons, des cultivateurs qui se sont organisés en milice. Le village peul a ainsi été attaqué par une centaine d’hommes venus en motos et armés de kalachnikov et de grenades. C’est cette milice dogon qui a été dissoute hier par Bamako.

Le village d'Ogassagou où a été commis le massacre.
Le village d'Ogassagou où a été commis le massacre. © AFP / AFP

Mais ce que cette tragédie révèle, c’est à quel point l’État malien est absent du centre du pays, théâtre de ces violences depuis des années et laissé à lui-même. En novembre dernier, la Fédération internationale des droits de l’homme et sa branche malienne, avaient sonné l’alarme, en soulignant que « l’escalade des violences au centre du Mali est en passe de devenir hors contrôle ». Le rapport dénonçait des atrocités de masse sur la base de la seule appartenance ethnique. 

Cette faiblesse de l’État malien a fait naître des milices locales, trouvant facilement des armes, et qui n’ont fait que précipiter l’escalade.

La France était intervenue en 2012 alors que le nord du Mali était aux mains des djihadistes. L’armée française a repris le nord, et organisé une vaste opération militaire pour aider le Mali à reconstruire son armée, son administration.

Mais autant la réponse militaire est effective, autant la modernisation de l’État a échoué, créant cette situation où des conflits traditionnels ont pris la forme du djihad. Ou plutôt d’un retour de djihad, car il ne faut pas oublier qu’au XVIII° et XIX° siècles en Afrique de l’Ouest, la guerre au nom du Coran était la forme des grands mouvements politiques, et même de la résistance à la colonisation.

Alors que l’on ne parle généralement que de la dimension militaire de la lutte contre les djihadistes, le Mali montre sa complexité, son ancrage local, son interaction avec des causes économiques et sociales anciennes, jamais réglées ; une bataille que le Mali doit mener prioritairement, et qu’il a jusqu’ici perdue.

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