Le virus ne fait pas la différence entre les humains, mais pour les réfugiés et déplacés des zones de guerre, c’est la double peine et elle risque d’être catastrophique, comme à Idlib, en Syrie.

A Idlib, dans le nord de la Syrie, les « casques blancs », des bénévoles syriens, désinfectent les sites dans lesquels s’entassent un million de déplacés fuyant l’offensive de l’armée de Damas.
A Idlib, dans le nord de la Syrie, les « casques blancs », des bénévoles syriens, désinfectent les sites dans lesquels s’entassent un million de déplacés fuyant l’offensive de l’armée de Damas. © AFP / Muhammed Said / ANADOLU AGENCY / Anadolu Agency via AFP

Ce sont les damnés du coronavirus : les déplacés du nord de la Syrie, les réfugiés coincés dans le no man’s land entre la Turquie et la Grèce, les habitants de la bande de Gaza soumis au blocus, les réfugiés des guerres d’Afghanistan, du Sud-Soudan, ou du Yémen, les persécutés Rohingyas qui ont fui la Birmanie…

Ce que ces populations ont en commun, c’est d’être totalement démunies face à la menace du coronavirus, précaires parmi les précaires à l’échelle mondiale, hier victimes des troubles politiques de leurs pays, et désormais aussi de la pandémie qui n’épargne aucun pays ni personne.

Un réfugié Rohingya témoigne, sur un site de l’ONU, de la terreur qui s’est emparée des camps de réfugiés au Bangladesh lorsque des cas de Covid-19 ont été déclarés dans ce pays. Il estime que le million de réfugiés entassés dans les camps n’aura aucune chance face au virus.

Le Secrétaire Général des Nations Unies, Antonio Gutteres, a lancé lundi un appel à un « cessez-le-feu immédiat, partout dans le monde », dans les zones de guerre, pour protéger les civils face à la pandémie, ennemi commun. Mais l’appel est resté lettre morte, pas de réaction des pays et des groupes armés engagés dans ces conflits.

Les organisations humanitaires témoignent au contraire d’une catastrophe qui menace, à laquelle elles tentent de s’opposer avec des moyens dérisoires ; à la fois parce que l’attention du monde est ailleurs, et parce que les conditions d’intervention sont particulièrement difficiles.

La région d’Idlib, dans le nord de la Syrie, offre un exemple tragique de ce qui est en train de se passer. Au cours des derniers mois, plus d’un million de civils ont fui une offensive de l’armée de Bachar el-Assad, appuyée par l’aviation russe, pour reprendre le contrôle de la dernière région qui lui échappe encore. Au cours de cette offensive, les hôpitaux ont été la cible de bombardements russes.

Selon le Dr Raphaël Pitti, un médecin français qui intervient dans cette zone, le coronavirus est déjà arrivé à Idlib, les signes sont incontestables, même si les capacités de test n’existent pas encore. « La catastrophe est déjà là », explique-t-il ; dans un contexte désastreux : précarité, promiscuité dans les camps, 54% de personnes souffrant de malnutrition.

Et la guerre, qui est certes en mode pause depuis un accord russo-turc, mais sans rien régler. Aujourd’hui, la Russie patrouille d’un côté, la Turquie de l’autre. Cette trêve amène de nouveaux déplacés dans la zone turque, fuyant l’armée de Damas.

Que peuvent les humanitaires ? Le Dr Pitti indique que la France a débloqué des fonds pour avoir des tests au coronavirus. Plus tard, les quelques ONG sur place prévoient un camp spécial pour les personnes contaminées. Mais c’est une course contre la montre, et, on le sait, le virus va très vite.

Le Covid-19 ne fait pas la différence entre citadins de pays prospères et déplacés dans un pays en guerre. Pour ces derniers, toutefois, il y a en plus le sentiment d’être victimes de la double peine.

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