Le Président américain sera l’invité surprise du Conseil européen ce soir, pour tourner la page Trump, et mobiliser un front occidental face à la Chine, en pleine tension avec Pékin.

Joe Biden, 28ème invité du Sommet européen en visioconférence ce soir.
Joe Biden, 28ème invité du Sommet européen en visioconférence ce soir. © AFP / JIM WATSON / AFP

Les Européens seront de nouveau 28 ce soir, lors de leur Sommet en visioconférence - covid oblige. Le 28ème participant ne sera pas le Royaume Uni qui aurait changé d’avis, mais Joe Biden, le Président américain, invité d’honneur de ses alliés européens.

La dimension symbolique sera forte pour signifier une fois pour toutes que la page Donald Trump est tournée, après quatre années de dégradation certaine des relations transatlantiques. 

Mais les symboles ne suffisent pas, et le contexte de ces retrouvailles est bien particulier : en plein coup de froid avec la Chine, et tensions persistantes avec la Russie. S’il y a un mot qui a repris du service, c’est celui d’« Occident », un concept politique plus qu’une notion géographique, et qui était passé de mode.

Lorsque les États-Unis mobilisent leurs alliés en Asie pour rééquilibrer l’influence chinoise, et qu’ils coordonnent avec l’Europe l’imposition de sanctions contre des officiels chinois responsables des persécutions des Ouigours, il y a bien la renaissance d’un « bloc occidental », au sens très politique du terme. De même, lorsque les chefs de la diplomatie chinoise et russe se rencontrent, comme ce fut le cas cette semaine, c’est à l’« arrogance occidentale » qu’ils réservent leurs coup.

Mais c’est là, aussi, que l’exercice de ce soir devient délicat et atteint peut-être ses limites. 

Les Européens sont partagés entre leur soulagement à retrouver un partenaire américain, un protecteur américain pour certains qui se sont sentis lâchés par Donald Trump ; et leur souhait affiché d’autonomie stratégique. Certes, le degré d’enthousiasme des Européens pour ce concept d’autonomie stratégique varie d’un pays à l’autre, voire même à l’intérieur d’un même pays, comme en Allemagne ; mais c’est en tous cas le cap choisi par l’Union.

Or Joe Biden, dès ses premières déclarations, a insisté sur le « leadership » américain qui serait de retour, sur une conception de l’alliance qui serait très … 20ème siècle. Or le monde a changé, et dans l’environnement multipolaire qui se dessine, les Européens n’ont pas réellement intérêt à n’être que l’appendice d’un pôle américain surpuissant.

C’est là que la confrontation croissante avec la Chine place l’Europe dans l’embarras. En privé, les dirigeants européens ne veulent pas se trouver embarqués dans une « guerre froide » qui fait aujourd’hui consensus à Washington. La signature d’un accord d’investissements entre l’UE et la Chine en décembre dernier, sous présidence allemande, était le signe de ce désir d’autonomie.

Mais, on l’a vu ces derniers jours, les violations des droits de l’homme en Chine, et l’agressivité de la diplomatie de Pékin poussent inexorablement l’Europe à réagir à l’unisson avec les États-Unis, avec l’Occident donc.

Il y aura ce soir de grandes paroles d’unité, de la part des 27 interlocuteurs de Joe Biden, même si certains penseront très fort, en même temps, « autonomie stratégique ». Ce sont les fortes tensions internationales qui détermineront si l’Europe penchera plus du côté de l’unité, ou de l’autonomie.

Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.