L’ampleur de cette victoire est tellement étonnante que même la droite autrichienne en est surprise. Elle l’avait si peu prévue que son chef de file, Wolfgang Schüssel, le chancelier sortant, la qualifiait, hier soir, d’« inattendue » - « grâce à Dieu claire, disait-il, mais inattendue ». Voilà en effet un grand parti conservateur, l’ÖVP, le Parti populaire autrichien, qui décide en janvier 2000 de s’allier à un parti d’extrême-droite dont le patron, Jörg Haïder, trouve des mérites au nazisme. Il isole ainsi son pays du reste de l’Europe, se retrouve à la tête d’une coalition incontrôlable et doit organiser, moins de trois ans plus tard, des élections anticipées. L’expérience ne semble à priori pas concluante. Elle l’est d’autant moins que ce gouvernement n’a pas fait grand chose d’autre, entre temps, que gérer ses conflits internes mais, les chiffres sont là, les conservateurs ont progressé hier de 15% des voix, plébiscités par les électeurs qui en ont fait, pour la première fois depuis 1966, le premier parti du pays. Alors pourquoi ? La première raison en est, sans doute, que la droite autrichienne a au moins tenu l’une de ses promesses, et la plus importante. Comme elle l’avait dit, et martelé envers et contre tout le monde, l’alliance qu’elle avait passée avec Jörg Haïder n’a pas installé l’extrême-droite sur l’échiquier politique autrichien. Elle l’a fait, au contraire, régresser, spectaculairement dégringoler des 27% de voix qu’elle avait obtenus aux dernières élections à 10% hier. L’extrême-droite s’est écroulée, dans un mouvement amorcée depuis longtemps, car elle s’est vite trouvée écartelée entre ses responsabilités gouvernementales et la démagogie qui avait fait son succès, qu’elle était obligée de faire le contraire de ce qu’elle avait dit et qu’une vraie guerre s’était rapidement ouverte entre ses ministres, désireux de remplir leur fonction, et Jörg Haïder, tenu à l’écart du gouvernement et qui n’avait pas mis trois mois à regretter son alliance avec la droite. Quand la coalition a cassé, l’extrême-droite était déjà éclatée et sa figure la mieux acceptée, le ministre des Finances, avait rejoint les conservateurs il y a quelques semaines. Dans ces conditions, seconde raison de cette progression de la droite, les électeurs les moins radicaux de l’extrême-droite ont voté utile tandis qu’un effet Chirac jouait parallèlement au centre. Comme en France au second tour de la présidentielle - beaucoup moins massivement puisque la gauche était en lice hier en Autriche mais très nettement pourtant - beaucoup d’électeurs écologistes et socialistes ont préféré achever de marginaliser l’extrême-droite en votant pour une droite qui, certes, avait pactisé avec Jörg Haïder mais l’avait aussi isolé au point que son avenir personnel est, aujourd’hui, des plus compromis. Et puis enfin, troisième raison de cette victoire « inattendue » de l’ÖVP, les sociaux-démocrates autrichiens traversent la même crise d’identité que le reste de la gauche européenne, partagée entre les avocats d’un tournant blairiste et les tenants d’un virage à gauche dont les contours ne sont pas clairs. Eux aussi ont progressé hier mais de moins de quatre points. Reste pour la droite, 42% des voix, à trouver une majorité.

L'équipe

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.