Tony Blair a un problème avec la France. Il sent bien qu’elle est l’un des pays d’Europe où sa position sur l’Irak a été le plus mal admise, ses relations avec les socialistes n’y sont pas meilleures qu’avec Jacques Chirac, mais il n’ignore pas non plus qu’il ne peut pas laisser la France à son tête-à-tête avec l’Allemagne sans risquer que n’émerge, un jour, au cœur de l’Union, une puissance rhénane de bien plus de poids que la Grande-Bretagne. Tony Blair voudrait, donc, se faire entendre et comprendre en France. C’est pour cela qu’il était hier soir, sur France 2, un quart d’heure d’explications, en français, un effort dont il doit être remercié mais que disait-il ? Il disait qu’entre l’Europe et les Etats-Unis, la Grande-Bretagne ne peut pas « choisir », que lui ne le peut en tout cas pas, car tel ne serait pas l’intérêt de son pays et qu’il est « très important de garder les deux liens : le lien transatlantique, l’alliance avec les Etats-Unis, et en même temps, l’alliance avec l’Europe – les deux piliers de la politique britannique ». Alors, non ! Désolé, mais on ne peut pas ne pas discuter ces deux idées. La première - qu’il y aurait, pour lui, Tony Blair, un choix à faire entre l’Europe et les Etats-Unis, un choix qu’il aurait à refuser - relève du pur fantasme car ce n’est pas parce que la Grande-Bretagne contribuerait plus à l’affirmation de l’Europe qu’elle deviendrait hostile aux Etats-Unis. Dans l’esprit des Français, des Allemands, de tant d’autres Européens, l’approfondissement de l’Union n’a pas pour objectif d’affaiblir les Etats-Unis mais de renforcer l’Europe, de défendre ses intérêts, de faire entendre sa voix. Il s’agit de la faire exister pour que nous soyons, nous Européens, collectivement plus forts et que la sécurité internationale ne dépende plus d’une seule puissance qui, même avec la meilleure des politiques, ne peut pas garantir, à elle seule, la paix et la stabilité mondiales. Il n’y a pas à choisir entre l’Europe et l’Amérique mais à faire le choix de l’Europe pour que l’Amérique, l’Europe et le monde s’en portent mieux. Il serait temps qu’on comprenne, à Londres, que c’est cette ambition-là qui mobilise la France plutôt que de continuer à nous appeler, comme Denis MacShane, hier, sur cette antenne, à rompre avec l’anti-américanisme que les Britanniques nous prêtent à tort. Et puis, deuxième remarque, la Grande-Bretagne n’a pas, autant qu’on sache, deux alliances entre lesquelles maintenir l’équilibre. Comme toute l’Europe, elle a une alliance avec les Etats-Unis mais elle n’en a pas avec l’Europe pour la bonne raison qu’elle fait partie de l’Europe et qu’on ne s’allie pas avec soi-même. Le fond du problème est que la Grande-Bretagne, même le plus européen de ses dirigeants, n’arrive pas à se voir comme d’abord européenne, membre de cette Union à laquelle elle a choisi d’appartenir, car elle voudrait rester, d’abord, l’allié des Etats-Unis au sein de l’Union. Là, oui, il y a un choix à faire, ce choix auquel la Grande-Bretagne ne parvient pas à se résoudre car c’est elle, pas la France, qui n’a pas encore admis qu’elle ne comptait plus en dehors de l’Europe.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.