L’Ukraine a, désormais, deux Présidents, clamant l’un et l’autre leur victoire. Une logique de guerre civile tend, maintenant, à s’instaurer à la jonction même de l’Union européenne et de la Fédération de Russie. Les choses ne cessent de s’aggraver et il n’y a, dans cette crise, que des questions sans réponses, pas de certitude sur laquelle pouvoir tabler. L’incertitude est, d’abord, ukrainienne. La force, le nombre et la détermination des partisans de Viktor Iouchtchenko ne font pas de doute. Il y a trois jours et demi qu’ils manifestent, sous la neige, par centaines de milliers, pour exiger que la victoire de leur candidat soit reconnue. Non seulement ils ne se résignent pas mais ils rallient de nouveaux contestataires, jusque dans l’appareil d’Etat, et se radicalisent de jour en jour. Le camp adversaire, celui de Viktor Ianoukovitch, proclamé vainqueur, hier, par la commission électorale, leur a officieusement proposé le poste de Premier ministre pour leur élu, voire une réduction des pouvoirs présidentiels pouvant conduire à une sorte de cohabitation, mais ils ont repoussé cette offre en lui opposant un appel à la grève générale. Le camp Iouchtchenko ne veut pas avaliser la fraude. Il veut la démocratie mais l’hiver n’est pas favorable aux révolutions pacifiques. On ne peut pas éternellement rester debout dans le froid. Ou bien ce mouvement s’essoufflera ou bien la violence parlera, d’ici la fin de la semaine, et c’est là que se posera la question de la police et de l’armée. Leur encadrement est acquis à l’appareil en place, à Viktor Ianoukovitch et à son mentor, Léonid Koutchma, le Président sortant, mais la troupe ? On ne sait pas ce que feraient les hommes du rang mais le plus probable est que les forces de sécurité se diviseraient car c’est tout le pays qui l’est, entre Ukraine occidentale et Ukraine orientale, entre les candidats respectifs des deux Ukraine. Deuxième incertitude, la Russie. Vladimir Poutine a ouvertement joué Viktor Ianoukovitch. Il l’a fait parce qu’il veut s’appuyer sur l’Ukraine orientale, russophone et orthodoxe, pour constituer avec la Biélorussie, le Kazakhstan et naturellement l’Ukraine, un pendant de l’Union européenne dont la Russie serait le cœur. S’il reculait maintenant, c’en serait fait de ce projet stratégique, de la reconstitution d’une grande Russie, et il perdrait de surcroît, surtout, toute autorité sur la scène intérieure russe. Il ne peut pas reculer mais peut-il risquer une guerre civile ukrainienne qu’il devrait ensuite gagner ? Le sait-il lui-même ? C’est la plus grande question. Troisième incertitude, l’Union européenne. A son corps défendant, elle est partie prenante au conflit car l’Ukraine occidentale veut la rejoindre, qu’elle ne peut pas ne pas dénoncer la fraude et se désintéresser de ce conflit mais outre qu’elle n’est pas prête à s’ouvrir l’Ukraine, plus elle dénonce le bourrage des urnes, plus elle attise la contestation. Que faire ? L’évidente vérité est qu’elle ne le sait pas, qu’elle attend de voir en appelant au compromis tandis que les Etats-Unis, eux, se donnent le beau rôle en prenant le parti des manifestants. Ils n’ont pas, eux, de frontière commune avec l’Ukraine.

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