En Amérique latine, il fut un temps où ce n’était pas les élections mais les coups d’Etat militaires qui rythmaient la vie politique. Les salles de torture et les disparitions organisées d’opposants, leur enlèvement et leur assassinat par des milices d’Etat, répondaient alors au développement de maquis révolutionnaires qui fascinaient l’extrême gauche occidentale des années soixante-dix mais les choses ont bien changé. Les dictatures sont devenues embarrassantes pour les Etats-Unis qui les soutenaient quand ils ne les avaient pas mises en place. La violence de la répression et le recul, surtout, du communisme dans le monde ont fait profondément évoluer les gauches du sous-continent, désormais réformistes et très comparables aux gauches européennes. La démocratie et ses alternances politiques s’installent en Amérique latine où, du Honduras, dimanche, au Venezuela dans un an, douze pays, dont sept des plus peuplés du sous-continent, s’apprêtent à tenir des élections présidentielles. Toutes seront attentivement observées par leur voisin du nord, par cette grande puissance si puissante qu’elle a capté pour elle seule le nom d’Amérique, car si les Etats-Unis n’ont plus à craindre de révolutions dans ce qui fut leur arrière-cour, la scène latino-américaine les inquiète. Non seulement la gauche y est forte, et souvent ascendante, mais même au centre et à droite, ce grand voisin y est impopulaire. Les temps de l’impérialisme politique et des dictatures y ont laissé de mauvais souvenirs. La volonté américaine d’organiser, du nord au sud, un marché commun continental y suscite méfiances et rejet. Le modèle économique américain, troisième problème, de loin le plus profond, n’y convainc pas car les politiques libérales ardemment menées ces vingt dernières années en Amérique latine ont totalement ruiné l’Argentine et échoué à doper la croissance et faire reculer la misère. Avec plus de la moitié de sa population au-dessous du seuil de pauvreté et des records d’inégalité, cent morts violentes par jour au Brésil, une très forte criminalité partout et des records de corruption, l’Amérique latine se cherche entre le développement de politiques sociales et des embryons d’unité économique face aux Etats-Unis. En Argentine, au Chili, en Uruguay, au Brésil, des gauches modérées mais très soucieuses d’équité cherchent à lutter contre la misère en aidant les plus pauvres. Au Venezuela, Hugo Chavez, le président qui voudrait affirmer le sous-continent en affirmant son identité et rompant le cordon ombilical avec les Etats-Unis, tente, lui d’utiliser ses revenus pétroliers pour constituer un front contre Washington. Loin du romantisme d’il y a trente ans, dans l’économie de marché mais en quête d’un New Deal, l’Amérique latine est en précipitation chimique. Les Etats-Unis n’y peuvent pas grand-chose et tandis qu’Hugo Chavez les nargue, Augusto Pinochet, sinistre fantôme d’un passé révolu, vient d’être inculpé pour fraude fiscale et assigné à résidence. Il aurait dissimulé une fortune de 27 millions de dollars accumulée du temps de sa dictature.

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