Seules les entreprises échapperont à l’austérité. D’une dureté rarement vue, le plan de rigueur présenté hier par le gouvernement irlandais diminuera de 14% les allocations familiales et les indemnités de chômage ; il augmentera d’un quart le frais d’inscription universitaires ; il supprimera 8% des emplois publics ; il réduira de 10% les salaires de la fonction publique pour les nouveaux fonctionnaires et de 6 à 12% les retraites des anciens ; il diminuera de 12% le salaire horaire minimal et portera progressivement le taux de TVA de 21% à 23% mais l’impôt sur les société sera, lui, maintenu, à son taux actuel de 12,5%, l’un des plus bas d’Europe. Par comparaison, l’impôt sur les sociétés est, en moyenne, de près de 26% dans l'ensemble de la zone euro. Non seulement les Irlandais vont tous devoir se serrer la ceinture pour réduire un déficit budgétaire qui avait atteint près d’un tiers du produit intérieur brut, non seulement les contribuables de l’Union européenne vont mettre la main à la poche pour prêter à l’Irlande les quelques 85 milliards d’euro dont elle a besoin pour se remettre à flot, mais les entreprises irlandaises ou installées dans ce pays n’auront pas un centime d’impôt à payer en plus alors qu’elles en payaient déjà si peu. Un enfant comprendrait que c’est injuste. C’est même aussi moralement obscène que les salaires, primes et divers bonus que les dirigeants du secteur privé continuent, partout, de s’octroyer en ces temps de crise mais comment le gouvernement irlandais justifie-t-il sa volonté de maintenir son impôt sur les sociétés à un aussi bas niveau ? Si nous l’augmentions, dit-il, les entreprises étrangères que nous avons attirées grâce à lui seraient tentées d’aller s’installer ailleurs et nous aggraverions encore le chômage. L’argument semble logique mais il ne tient pas car l’impôt irlandais sur les sociétés pourrait être sévèrement relevé sans atteindre, pour autant, la moyenne européenne. Sa marge d’appréciation est considérable et, surtout, l’Irlande ne peut pas faire appel à la solidarité européenne sans accepter de réduire, en retour, l’avantage économique qu’elle s’était donné en pratiquant ce dumping fiscal au sein même de l’Union. Si elle ne le comprend pas d’elle-même alors que la France, l’Allemagne, l’Autriche et bien d’autres pays membres l’y avaient appelé, il faut alors le lui imposer, en faire l’une des conditions mises par l’Union à ce prêt solidaire. Si ce n’était pas le cas alors même que les plans d’austérité se multiplient dans toute l’Europe, tout plus drastiques les uns que les autres, il ne faudrait pas s’étonner que ces mesures de rétablissement des finances publiques finissent par être rejetées en bloc et qu’une colère générale mette cette injustice irlandaise au compte de l’Union elle-même alors qu’elle est le fait de gouvernements qui l’approuvent ou la laissent commettre. Les dangers sont plus que sérieux. Devant la crise qui la secoue, l’Union est en est, enfin, venue à admettre la nécessité d’une solidarité entre ses Etats. C’est bien mais il est également temps d’admettre qu’on ne peut s’unir et avoir une monnaie commune sans mettre en œuvre une harmonisation fiscale et plus de justice sociale.

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