Pour ce qui est de l’Allemagne, les choses sont claires. Toujours marqués par l’inflation qui avait ravagé leur pays après la Première guerre mondiale avant de tellement contribuer à la montée du nazisme, les Allemands ne veulent pas entendre parler d’un rachat de la dette des pays en difficulté par la Banque centrale européenne. Il est donc absolument vain d’essayer de leur dire qu’il suffirait que la Banque centrale annonce qu’elle interviendra dès que les taux d’emprunt demandés à un pays européen dépasseront un seuil raisonnable pour que les marchés se calment avant même qu’elle n’ait à passer à l’acte. La grande majorité des économistes, la France, les Etats-Unis, la Pologne et beaucoup d’autres pays européens ne cessent plus de le leur dire mais les Allemands sont intraitables et leur chancelière l’a confirmé, hier, à Strasbourg, à Nicolas Sarkozy et au Premier ministre italien, Mario Monti, avant de le redire devant la presse. Ce que veut l’Allemagne, c’est qu’une modification des traités européens empêche à l’avenir un pays de la zone euro de trop s’endetter à l’abri de la monnaie unique et, lorsque cela aura été fait, alors, là, oui, peut-être, sans doute puisque cela se fait déjà et qu’il n’y a pas d’autre solution, les Allemands accepteront-ils que la Banque centrale déroge à ces règles, exceptionnellement, pour la première et la dernière fois, afin de résoudre la crise actuelle. Le projet allemand est de faire de la rigueur budgétaire la religion de l’Union européenne et, dans le même temps, de lui faire faire un bond vers le fédéralisme économique et politique car cette crise est venue démontrer – c’est son bon côté – que l’Europe ne pouvait pas avoir une monnaie unique et 27 politiques économiques, fiscales, sociales et industrielles divergentes. On peut, évidemment, être en désaccord avec cette position de l’Allemagne. On peut lui opposer qu’il y a de bons et de mauvais endettements, qu’il est nocif de s’endetter pour couvrir une mauvaise gestion mais bénéfique et nécessaire d’emprunter pour investir dans l’avenir et donc absurde de s’interdire de le faire. On peut, surtout, objecter à Mme Merkel que l’Allemagne, premièrement, ne se fait pas aimer en Europe en utilisant cette crise pour tenter de passer en force, deuxièmement que ce bond fédéral, aussi souhaitable qu’il soit, peut difficilement se faire dans une telle hâte et, troisièmement, qu’à retarder autant, encore et toujours les mesures à prendre d’urgence elle aggrave la crise, joue avec le feu et menace l’euro, l’Europe et son propre pays.

Pour être cohérente et claire, la position de l’Allemagne est loin d’être indiscutable mais le fait est aussi qu’on n’en entend pas d’autres. Que pense, sur le fond, Nicolas Sarkozy ? On l’ignore. Il négocie, se dépense, s’escrime mais à quoi ? On ne le sait pas. On ne connaît pas sa vision d’avenir pour l’Europe, pas plus qu’on n’entend la gauche française, les autre gauches européennes, les autres gouvernements et le Parlement de l’Union en proposer une. Ce drame se joue dans un silence assourdissant que seule rompt la cohérence allemande.

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