Il y a bien ceux qui ont des raisons de se réjouir et ceux qui n’en ont pas. Les premiers à perdre à cet accord conclu dimanche avant l’aube entre l’Iran et les grandes puissances sont les conservateurs iraniens.

Après qu’ils aient vu un modéré, Hassan Rohani, emporter contre eux, dès le premier tour, la présidentielle de juin dernier grâce au soutien de l’électorat réformateur, les voilà maintenant confrontés à un second problème, bien plus redoutable encore pour leur camp. Parce qu’il ouvre une perspective de rapprochement avec les Etats-Unis et l’Europe, réduit les tensions militaires autour de la question nucléaire et permet la levée de certaines des sanctions économiques frappant leur pays, l’accord de Genève a été accueilli avec un immense soulagement par les Iraniens.

On le constate sur leurs sites de débat. On l’entendait à la voix et aux mots des personnes contactées, hier, à Téhéran et ce bonheur, un intense et profond bonheur, les Iraniens en sont reconnaissants à l’équipe que leur vote a mise en place. Modérés et réformateurs en sont confortés comme jamais. Même le Guide suprême et le Parlement, dominé par les conservateurs, doivent les applaudir et tous les rapports de force politiques en sont modifiés en Iran, au détriment des plus radicaux de ce régime.

Les deuxièmes à faire aujourd’hui la grimace sont les monarchies pétrolières et les autres pays sunnites du monde arabe car, si cet accord intérimaire aboutit bien, sous six mois, à un règlement définitif de la question nucléaire et à la levée de toutes les sanctions économiques, l’Iran chiite deviendra vite la première puissance du Proche-Orient grâce à ses réserves naturelles et son très haut niveau culturel. Les sunnites sont inquiets et les troisièmes à avoir des raisons de l’être sont les Israéliens car ils viennent d’éprouver là que, lorsque leurs intérêts ou, du moins, la conception qu’ils s’en font ne convergent plus avec ceux des Etats-Unis, leur influence sur la politique américaine devient ce qu’elle s’est avérée ce week-end, nulle et non-existante.

Les gagnants maintenant. Le premier d’entre eux est Barack Obama qui, dès sa première élection, s’était attelé à faire baisser la tension avec Téhéran parce qu’il ne voulait pas d’une nouvelle guerre et tablait sur le facteur de stabilisation régionale que pourrait devenir un Iran tournant le dos à la bombe et ainsi réintégré dans le concert international. Ce n’est pas déjà gagné mais ce pourrait être en bonne voie. C’est un succès pour ce président qui en manquait et le deuxième des gagnants est l’Europe car c’est, après tout, le chef de la diplomatie de l’Union européenne, Lady Ashton, qui a négocié cet accord, au nom de toutes les grandes puissances, Chine et Russie comprises, et à la satisfaction générale.

Le troisième gagnant est la France qui avait pris un énorme risque en refusant un accord a minima, qui peut s’enorgueillir d’avoir beaucoup contribué à l’améliorer et qui a, au passage, repris pied au Proche-Orient en consolidant ses rapports avec les pays sunnites et Israël. Quant au quatrième gagnant, le plus important, c’est la paix car cette première étape d’un compromis vaut évidemment mieux qu’un bombardement des sites iraniens.

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