Ce qui s’est exactement passé et pourquoi, on ne le sait pas. Ce qui est en revanche clair, c’est que les conséquences politiques du tir de missile turc qui a abattu hier le chasseur bombardier russe qui aurait violé l’espace aérien de la Turquie à la frontière de la Syrie sont extrêmement dommageables.

La Turquie comme la Russie ont immédiatement fourni aux grandes capitales - et à l’Otan dont elle est membre pour ce qui est de la Turquie - des éléments à l’appui de leurs dires. Ils sont en cours d’examen. Pour Moscou, non, il n’y a pas eu de violation de l’espace aérien turc. Pour Ankara, elle aurait été tellement patente que cet appareil aurait été averti à plusieurs reprises d’avoir à modifier sa trajectoire sans délai sous peine d’essuyer des tirs.

C’est blanc et noir et, à ce stade, on ne peut ainsi que rappeler deux choses. La première est que la Russie avait pénétré l’espace aérien de la Turquie au début de ses opérations syriennes et qu’elle a pris l’habitude, depuis de longs mois déjà, de tester les défenses des pays de l’Otan en s’approchant dangereusement de leurs espaces aériens. Est-ce que la Turquie, non seulement échaudée mais également irritée des frappes russes contre les insurgés syriens de la minorité turkmène qu’elle soutient, aurait voulu réagir pour affirmer sa souveraineté et son appui à l’insurrection ?

C’est possible. Cela n’aurait rien d’invraisemblable ni même d’indéfendable mais on ne peut pas exclure non plus une autre hypothèse.

La Turquie est inquiète. Elle l’est parce que la feuille de route adoptée le 14 novembre par la conférence de Vienne sur la Syrie à laquelle elle est partie prenante prévoit des négociations entre le régime et l’insurrection qui viseraient, entre autres, à une fédéralisation de ce pays. Chacune des communautés syriennes disposerait de sa propre région. Ce serait donc le cas des Kurdes syriens. L’autonomie d’un Kurdistan syrien viendrait ainsi s’ajouter à celle du Kurdistan irakien et la Turquie peut logiquement craindre que ces deux autonomies kurdes ne donnent des idées à sa propre minorité kurde et ne menacent, à terme, son intégrité territoriale.

Est-ce que la Turquie aurait ainsi voulu torpiller le rapprochement en cours des grandes puissances sur la question syrienne ? Est-ce qu’elle aurait voulu rendre impossible toute grande coalition contre Daesh pour ne pas avoir à accepter un compromis sur la Syrie dont elle jugerait la dynamique contraire à sa Raison d’Etat ? On ne peut pas non plus l’exclure mais la certitude est que la grande coalition contre Daesh a maintenant du plomb dans l’aile.

On ne voit plus la Turquie et la Russie y prendre part ensemble. Ce n’est plus guère envisageable et il parait toujours plus probable qu’on se dirige plutôt vers une simple coordination ou coopération militaire des Occidentaux et des Russes contre Daesh. Cela laisserait ouverte la question syrienne. Ce serait mieux que rien mais pas une vraie solution de cette crise si totalement mortifère.

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