Présentée hier, l’équipe de politique étrangère et de sécurité de Joe Biden est constituée d’hommes et de femmes d’expérience, qui ont tous servi sous l’administration Obama. Une sorte d’antithèse des quatre années de Donald Trump.

Le futur Secrétaire d’État Anthony Blinken s’exprime, mardi 24 novembre à Wilmington, à côté du Président-élu Joe Biden. Proche de Biden, il était numéro deux du Département d’État sous Barack Obama.
Le futur Secrétaire d’État Anthony Blinken s’exprime, mardi 24 novembre à Wilmington, à côté du Président-élu Joe Biden. Proche de Biden, il était numéro deux du Département d’État sous Barack Obama. © AFP / Mark Makela / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP

Si vous vous étiez endormi en 2016 pour vous réveiller hier, vous auriez pu croire à une parfaite continuité. Il y avait un côté « troisième mandat » d’Obama -sans Barack Obama-, dans la présentation de l’équipe de politique étrangère et de sécurité de la future administration Biden.

Tout était fait pour présenter le mandat de Donald Trump comme une parenthèse, un accident de l’histoire américaine qu’il convient de vite refermer, à la fois en interne, mais aussi, sur la scène internationale.

Les femmes et les hommes qui étaient sur scène hier avec Joe Biden et Kamala Harris incarnent cette continuité. Ils étaient souvent en position de numéro deux sous Obama, et se retrouvent promus numéro un sous Biden. 

Ce choix délibéré du Président-élu donne d’abord l’image rassurante d’une équipe opérationnelle du jour au lendemain, expérimentée, connaissant déjà parfaitement les rouages de l’administration. Avec, de surcroit, un soin particulier pour les équilibres de genre et de diversité d’origine.

Donald Trump n’avait pas d’équipe à lui. Souvenez-vous, il s’était entouré de beaucoup de haut-gradés de l’armée ou d’un ancien PDG d’Exxon – « les adultes dans la pièce », comme les avait surnommés le chroniqueur du « New York Times » Tom Friedman.

La biographie des personnes présentées hier est d’une autre nature : il y a Anthony Blinken, le Secrétaire d’État, dont le père était déjà dans la diplomatie et qui a fait les meilleures écoles, y compris à Paris ; et il y a Linda Thomas-Greenfield, la future ambassadrice à l’ONU, issue d’une famille pauvre de Louisiane, et que le rêve américain propulse aujourd’hui au plus haut niveau.

Hier, les mots valeurs, démocratie, vérité, science, ont été cités et répétés, comme pour montrer, là encore, la différence avec un Président sortant dont le nom n’est même plus prononcé.

Il y a incontestablement une volonté de signaler que « America is back », l’Amérique est de retour, en position de leadership, après quatre années erratiques. L’équipe Biden fait l’éloge du multilatéralisme, des alliances, du travail en commun sur les grands sujets - comme l’a fait le nouveau « Monsieur Climat », John Kerry, l’ancien Secrétaire d’État d’Obama qui avait conclu l’Accord de Paris, et qui a déclaré qu’il fallait aller au-delà du traité de 2015. 

Mais Joe Biden aura-t-il les coudées franches pour tenir toutes ces promesses ? Son agenda intérieur sera considérable, le parti républicain est tout sauf battu ; et enfin l’internationalisme dont fait preuve le Président-élu n’est pas nécessairement partagé par ses concitoyens - c’était en tous cas une des clés du succès de Trump.

Au-delà des bonnes intentions, il y a surtout la réalité d’une Amérique qui retrouve un monde devenu encore plus multipolaire, moins régulé, plus dangereux. Or l’époque Obama dont cette équipe est issue n’a pas été marquée par une diplomatie à la hauteur de ces enjeux, mais au contraire par un début de repli national. « America is back », en est-on si sûr ?...

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