Le monde vote massivement contre Bush. Les Etats-Unis sont coupés en deux. Jamais, sans doute, une présidentielle américaine n’aura suscité tant de passions mais, malgré des sondages incessants, dans les cinquante Etats comme à l’échelle nationale, des sondages par tranches d’âge, religion, couleur de la peau ou origine ethnique, malgré des déluges de pourcentages, la seule chose qu’on sache avec certitude est qu’on ne sait pas. Sauf coup de tonnerre – arrestation de ben Laden ou révélation embarrassante pour le Président sortant – le suspens va durer jusqu’à mardi soir, dans huit jours, et il y a une explication à cela. Si les sondeurs ne parviennent pas à désigner un favori dans cette course à la Maison-Blanche, s’ils confient eux-mêmes, de surcroît, qu’une grande prudence s’impose devant leurs photographies de l’opinion, c’est que tout indique que la participation devrait beaucoup progresser le 2 novembre. Cent six millions d’Américains avaient voté en 2000. Les enquêtes indiquent qu’ils devraient être dix à quinze millions de plus à se rendre aux urnes cette année. Le nombre des nouvelles inscriptions sur les listes le confirme mais dans quels secteurs de l’opinion cette mobilisation de nouveaux électeurs sera-t-elle la plus forte ? A qui profitera-t-elle le plus ? A Georges Bush ? A John Kerry ? Là, les “pollsters”, les sondeurs, sèchent si bien qu’un des leurs, un Républicain, vient de confier au Washington Post que c’était « vraiment le point décisif mais que personne n’en avait vraiment idée ». On s’attend, généralement, à ce que les moins de trente ans aillent plus massivement voter qu’il y a quatre ans, quand la campagne électorale était dominée par la question des retraites et de l’assurance maladie. C’est quasi certain mais est-ce que la possibilité, beaucoup agitée par les Démocrates, d’un retour à la conscription, les jettera en travers de la route de Georges Bush ? Est-ce que ces jeunes générations voteront contre la guerre, comme au moment du Vietnam ? On aurait tendance à le penser. C’est probable mais outre que ce n’est pas certain, que la peur du terrorisme peut autant jouer chez les moins de trente ans que dans l’ensemble des tranches d’âge, le problème est de savoir si cette mobilisation des jeunes électeurs peut ou non contrebalancer la mobilisation, tout aussi nette, de la droite chrétienne qui considère le Président sortant comme l’un des siens. L’Irak et l’économie pèsent lourd dans cette élection mais le droit à l’avortement, qui dresse beaucoup de femmes contre Georges Bush, et la question du mariage homosexuel qui, bien qu’il n’y soit pas favorable, fédère les conservateurs contre John Kerry, pourraient bien faire le résultat. On se vante, dans les deux camps, d’avoir conduit des millions de nouveaux électeurs à s’inscrire. C’est vrai mais, les efforts républicains et démocrates s’annulant, quel peut être l’effet de cette augmentation prévue de la participation ? Réponse : nobody knows, personne ne sait.

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