Le tabou est tombé. Hier totalement hostiles à toute modification des frontières en Europe, les grandes puissances sont aujourd’hui prêtes à accepter que le Kosovo acquière son indépendance en sortant de la Serbie. Ce qu’elles refusaient par crainte que tout changement de tracé n’en entraîne d’autres et que les Balkans puis l’Europe centrale ne soient ainsi ébranlés, elles l’acceptent maintenant car elles ne voient plus quoi faire d’autre dans cette province serbe qui ne veut plus l’être. Depuis que l’Otan y est intervenue et en a chassé l’armée fédérale pour protéger les Albanais majoritaires dans ce territoire, le Kosovo est administré par l’Onu. Cela fait maintenant six ans que cela dure et les Albanais qui voulaient leur indépendance avant l’intervention de l’Otan la veulent dix fois plus encore six ans plus tard car ils se gouvernent seuls, n’ont plus rien à voir avec Belgrade et ne veulent pas renouer le moindre lien avec elle. L’Onu, les Etats qui la composent, n’avaient en fait plus le choix. Ou bien ils accompagnaient une sortie négociée de la Serbie ou bien ils prenaient sur eux d’obliger les Kosovars albanais à accepter ce qui demeure les frontières internationales et devaient, pour cela, employer la force, faire face à refus populaire qui aurait immanquablement fait parler les armes. Le Conseil de sécurité a préféré le premier risque au second. Cela peut se comprendre puisque la Serbie, ruinée par les défaites et sonnée par l’humiliation, n’est pas en état de rentrer en guerre pour défendre ses droits et que le Conseil a donc préféré la très aléatoire possibilité d’un conflit avec Belgrade à la certitude d’une révolte albanaise. Cette décision s’est d’autant plus irrésistiblement imposée que, déjà très minoritaires avant l’intervention de l’Otan, les Serbes du Kosovo ne représentent plus que 10% de la population de la province car l’épuration ethnique - qui n’avait pas été l’apanage de la Serbie durant les guerres de dislocation yougoslave - a joué contre eux. Elle a joué malgré l’Onu mais sous son mandat ce qui n’est pas exactement un triomphe du droit international mais bon… Ce qui est fait ne peut être défait. Des négociations vont s’engager avec l’indépendance pour objectif mais dans quelles frontières ? La question se pose car, lorsque la Serbie, carottes et bâtons à l’appui, aura fini par accepter cette perspective et que les Serbes du Kosovo auront dit qu’ils ne veulent pas vivre dans un Kosovo albanais, faudra-t-il découper la province pour en rattacher le nord serbe à la Serbie ? Les Albanais s’y refusent par avance. L’imbroglio menace et, quand bien même une solution serait-elle trouvée, ressurgirait alors le problème de la minorité albanaise de la Macédoine voisine et peut-être même le spectre d’une grande Albanie, d’un Etat nation de tous les Albanais, Albanie comprise. Si l’on en arrivait là, c’est la question bosniaque qui pourrait ensuite se reposer car le monde, respect des frontières, a imposé le maintien d’une Bosnie unitaire alors que les Serbes et les Croates de Bosnie auraient voulu être rattachés les uns à la Serbie, les autres à la Croatie. La question balkanique n’est pas résolue.

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