Le 30 août dernier, Georges Bush le disait encore. « Nous maintiendrons le cap », disait-il à propos de l’Irak mais son porte-parole a bien du reconnaître, hier, que l’on n’entendrait plus ces mots dans la bouche du président américain. « Il a arrêté de les employer », a-t-il concédé en expliquant que cette phrase permettait aux « critiques » de la Maison-Blanche, autrement dit aux Démocrates, d’affirmer que « cette administration était embarquée dans une politique ignorant la réalité ». Oui, pas d’ambiguïté, c’est clair, la Maison-Blanche vient, ainsi, de déclarer qu’à, maintenant, deux semaines des élections parlementaires du 7 novembre, elle ne pouvait plus s’en tenir à sa politique irakienne alors que seulement un Américain sur cinq croit encore que les Etats-Unis vont gagner cette guerre et que deux sur trois se disent, maintenant, hostiles à cette aventure. Parce qu’il risque, mardi en quinze, de perdre sa majorité parlementaire et que son parti, surtout, ne peut pas espérer conserver la Maison-Blanche en 2008 si les Etats-Unis ne se sont pas extirpés, d’ici là, du bourbier irakien, Georges Bush amorce un grand tournant mais lequel ? L’ambassadeur des Etats-Unis à Bagdad, répondait, hier après-midi, que Washington avait désormais fixé des objectifs au gouvernement irakien – le désarmement des milices au premier chef –, que le pouvoir irakien avait accepté cette feuille de route et que le succès restait possible dans « un délai raisonnable ». Il reste à voir si cela convaincra les électeurs de ne pas envoyer au Congrès une majorité démocrate. A lire les sondages, toujours plus catastrophiques pour les Républicains, on peut en douter mais quels que soient les résultats de ces scrutins, la certitude est que le gouvernement de Bagdad n’est pas en situation de rétablir l’ordre, de faire cesser les attentats et les massacres entre chiites et sunnites. Les violences vont se poursuivre mais alors quoi ? Quelle sera l’étape suivante ? Un homme fort, comme cela se dit, un nouveau dictateur à même de mettre terme à l’anarchie sans s’embarrasser de démocratie ? Ce ne serait pas pire que ce sanglant statu quo mais il faudrait bien que cet homme soit chiite, sunnite ou kurde et cela poserait, dans les trois cas, autant de problèmes internes que régionaux. Cette solution, non plus, ne serait guère durable et, pour ce qui est d’un pur et simple rappel des troupes, il causerait tant de tort à la crédibilité américaine et offrirait un tel triomphe aux islamistes que les Etats-Unis achèveraient alors de se tirer dans le pied. Reste, donc, l’option du grand deal avec l’Iran qui ne rêve que d’être « reconnu » par Washington pour ce qu’il est déjà – la première puissance de la région. Beaucoup y pensent à Washington, et de plus en plus, mais plus Georges Bush tardera à se rallier à cette idée, plus les Iraniens se diront qu’ils ne perdraient rien à attendre son successeur. L’Amérique s’enfonce dans une défaite.

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