Tandis que le principal front s’apaise en Europe, d’autres s’y allument. En principe, la France et l’Allemagne devraient être parvenues d’ici ce soir à visser leurs compromis sur les moyens de parer la crise des dettes souveraines. Après que Mme Merkel aura fait approuver ces mesures, demain matin, par son Parlement qui ne veut plus rien laisser faire sans son aval, les deux sommets européens, celui de la zone euro et celui des 27 devraient entériner, dans la même journée, les propositions franco-allemandes d’effacement d’une moitié de la dette grecque, de recapitalisation des banques, d’élargissement des moyens du Fonds de stabilité financière et de renforcement de la gouvernance économique de l’Union.

La partie aura été si chaotique que le conditionnel s’impose encore. Les banques renâclent toujours à essuyer 50% de pertes. D’autres obstacles peuvent apparaître mais le plus probable est qu’ils soient vaincus car l’Europe, la chancelière et le président de la République auraient trop à perdre à un échec pour en prendre leur parti. Une page se tourne, espérons-le en tous cas, mais tout, et très loin de là, n’en est pour autant pas résolu.

Premier problème, les politiques d’austérité budgétaire qui sont en train de se renforcer partout auront pour effet de ralentir encore une croissance déjà anémique en Europe. Peut-être sont-elles nécessaires. Peut-être auront-elles, à long terme, des effets bénéfiques en allégeant le poids des dettes publiques mais, dans l’immédiat, c’est d’une baisse de l’activité, voire d’une récession, qu’elles menacent l’Europe et, donc, d’une nouvelle montée du chômage, d’une baisse de la consommation et des rentrées fiscales et, au bout du compte, d’un accroissement de la dette publique que ces politiques sont censées réduire.

Les pays européens ne sont pas au bout de leurs peines et, deuxième problème, l’effacement de la moitié de la dette grecque va toucher en premier lieu les banques de ce pays qui seront moins que jamais capables de soutenir l’économie nationale. L’Europe n’en a pas fini avec la Grèce et, troisième problème, cette crise ne cesse plus d’affaiblir les gouvernements en place.

Ce n’est pas seulement que la gauche espagnole va bientôt perdre les prochaines élections anticipées et que les sondages soient catastrophiques pour les droites française et allemande qui abordent en très mauvaise position les élections de 2012 et 2013. C’est aussi que le Premier ministre britannique, David Cameron, fait face à une nouvelle poussé d’hostilité à l’Europe dans l’opinion et dans son propre parti et que Silvio Berlusconi est maintenant pris en tenailles entre sa majorité parlementaire et les pressions franco-allemandes pour un assainissement des finances italiennes. Paris et Berlin exigent une réduction du déficit italien dont ils font une condition du soutien qu’ils sont prêts à apporter à l’Italie mais la Ligue du Nord, pilier de la coalition gouvernementale, ne veut pas entendre parler de mesures impopulaires car elle veut pouvoir tirer son épingle du jeu quand Silvio Berlusconi finira par jeter l’éponge et que les Italiens seront appelés aux urnes. Jamais la scène politique européenne n’aura été aussi unie mais c’est dans la débâcle.

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