D’autres révélations s’annoncent. « Nous le savons », disait cette nuit François Hollande à l’issue du Conseil européen alors qu’on venait d’apprendre, coup sur coup, que les Etats-Unis avaient piraté le téléphone portable d’Angela Merkel et mis sur écoutes 35 autres des plus importants dirigeants de la planète.

Cela commençait à faire beaucoup, tellement trop en fait que c’est un scandale de dimension mondiale qui est en train de menacer d’ébranlement toutes les relations entre les Etats-Unis et leurs plus proches alliés des cinq continents. Dans un monde en transition, sans repères ni cadres établis ni équilibres structurants, dans un monde où tout est déjà fragile, confus et incertain, économie, politique et rapports de force, c’est un luxe que personne ne pouvait se permettre et en tout cas pas l’Europe et les Etats-Unis.

Il fallait parer le danger, dépasser le scandale en passant sans attendre à l’étape suivante, celle des solutions à envisager pour qu’il ne se perpétue pas, et l’on retiendra de cette tempête que ce sont la France et l’Allemagne, ensemble, très vite, qui se sont attelées à la tâche. Après avoir réagi de la même façon en appelant Barack Obama pour lui dire qu’ils n’admettaient pas un tel comportement entre alliés et qu’il fallait qu’il y soit mis terme sans délai, François Hollande et Angela Merkel se sont concertés, hier, avant l’ouverture du Conseil auquel ils se sont rendus avec une proposition franco-allemande qui a fait l’unanimité.

Oui, en quelques instants, du jamais vu sans doute, les 28 dirigeants nationaux de l’Union européenne, ont accepté que la France et l’Allemagne ouvrent, au nom des 28 et avec ceux des Etats membres qui voudraient se joindre à elles, des discussions avec les Etats-Unis visant à fixer, entre alliés et avant la fin de l’année, des règles communes aux activités de renseignement.

L’idée serait de vraiment cibler les écoutes sur les réseaux terroristes, d’exclure le renseignement économique entre l’Europe et les Etats-Unis et de ne plus écouter tout le monde et notamment pas les dirigeants, ministres et diplomates de pays alliés. C’est un code de bonne conduite qui est visé là. Il s’agit aussi d’amener les Etats-Unis à renoncer à utiliser leurs moyens technologiques et financiers pour mettre le monde entier sur écoute comme la Stasi, la police politique est-allemande, le faisait en RDA.

Le moins qu’on puisse dire est qu’il ne sera pas simple d’arriver à un accord dans un aussi bref délai parce que les Etats-Unis considèrent le renseignement comme un instrument essentiel de leur puissance et qu’ils pourront rétorquer aux Européens qu’eux non plus ne sont pas blancs puisqu’ils espionnent aussi et s’espionnent entre eux mais des progrès ne sont pourtant pas exclus pour deux raisons.

La première est que Washington doit lâcher du lest avant que l’Amérique ne soit réellement mise au banc des accusés sur la scène internationale. La seconde est que l’Europe est unie dans cette bataille, unie par Paris et Berlin, et que dès qu’elle l’est, la première économie du monde qu’est l’Union européenne peut traiter avec les Etats-Unis d’égal à égal.

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