C’était joué depuis le début du mois.

C’était joué depuis qu’ils avaient évincé, le 1er octobre, leur secrétaire général, Pedro Sanchez, qui y était hostile mais maintenant que les socialistes espagnols ont officiellement décidé, dimanche, de ne pas s’opposer à la formation d’un gouvernement de droite minoritaire, leur effacement est programmé.

Ils n’avaient pas le choix, dira-t-on, et c’est vrai. Ils ne l’avaient pas car leur pays ne leur aurait pardonné de le faire retourner aux urnes pour la troisième fois en un an et de faire ainsi durer une crise sans solution. Les socialistes ont choisi ce qu’il y avait de moins mauvais pour l’Espagne et pour eux-mêmes mais ils ont reconnu, du même coup, qu’ils étaient marginalisés par la montée de la nouvelle gauche de Podemos et désormais incapables de former une majorité.

C’est le genre d’aveu dont on se remet mal et d’autant plus mal qu’il n’y a pas qu’en Espagne que la social-démocratie est en si mauvaise posture. Les socialistes français, n’en parlons pas. Les sociaux-démocrates allemands s’éteignent à gouverner avec la droite mais même une alliance avec Die Linke, la gauche de la gauche, ne leur permettrait pas de retrouver une majorité. Les Travaillistes britanniques sont totalement divisé entre des élus sociaux-libéraux et une base hantée par une nostalgie, électoralement minoritaire, des grands combats ouvriers d’antan.

C’est partout, dans toute l’Europe, que la social-démocratie est en crise et la raison en est simple. Partisans déterminés de compromis entre le capital et le travail, les sociaux-démocrates ne pourraient demeurer aussi puissants qu’ils l’avaient été durant l’après-guerre qu’à la condition qu’un rapport de force permette encore aux salariés d’imposer des concessions sociales à l’argent.

Or ce n’est plus le cas puisqu’une nouvelle révolution industrielle a démantelé les grandes forteresses ouvrières et que la réduction des distances autorise le capital à s’affranchir des législations nationales en allant chercher où il le veut les meilleurs rapports sur investissement. Le seul moyen que les salariés et la social-démocratie auraient de modifier cette nouvelle donne serait de favoriser l’émergence d’une puissance publique européenne dont la taille continentale serait à même de faire plier les plus grandes entreprises mais l’Europe, les Européens n’en veulent plus.

Ils l’identifient à l’austérité, au recul de l’Etat et des acquis sociaux car ils en sont venus à confondre l’idée même d’unité européenne avec des politiques dont une majorité de gouvernements libéraux a fait, pour l’heure, la politique de l’Union. C’est si vrai que les gauches de la gauche se félicitent du blocage de l’accord de libre-échange avec le Canada alors même qu’il n’y a pas de dumping social à craindre d’un pays où les salariés sont tout autant protégés qu’en Europe. Cet accord est un bon accord mais, du moment qu’il est signé par l’Europe, on s’en méfie alors même que le salut de la gauche est à chercher dans l’unité de l’Europe.

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