Saddam soudain prudent Saddam Hussein a très prudemment réagi, hier, aux accusations de réarmement que Tony Blair portait contre lui. « Venez vérifier », a fait dire en substance le dictateur irakien dans un clair souci d’amoindrir les menaces pesant sur lui. (020925) « Je ne crois pas du tout, disait hier Jacques Chirac, que la guerre soit inéluctable ». Les mots étaient pesés. Cela ne signifiait pas que la seconde guerre d’Irak n’aurait pas lieu. Cela signifiait que rien n’était encore joué, qu’on ne pouvait pas déjà considérer comme certaine une intervention armée des Etats-Unis et, bruits de bottes ou pas, cette appréciation est aujourd’hui juste. Elle l’est car autant Georges Bush veut aller renverser le régime irakien et s’y prépare autant les moyens politiques de le faire pourraient lui manquer, ne pas lui être fournis par un Saddam devenu très, très, prudent. Tony Blair accuse, hier, Saddam Hussein d’être en passe, sous cinq ans, voire un ou deux, de se doter d’armes atomiques, de mettre au point des missiles d’une portée de plus de mille kilomètres et de pouvoir faire dès maintenant procéder, en trois quarts d’heure, à des bombardements chimiques ou biologiques et que fait-il répondre ? Eh bien il fait dire que tout cela n’est qu’un ramassis de mensonges, du bellicisme etc. mais qu’il demandera aux Nations-Unies de vérifier tous les sites mentionnés par Tony Blair et que, oui, « les inspecteurs de l’Onu bénéficieront d’un accès sans entrave partout où ils voudront aller ». Rien n’oblige, au contraire, à le croire mais cet homme qu’on disait autiste et qui l’avait été en 1991, perçoit maintenant le danger et, soudain, joue finement. Qu’il fasse seulement mine de poser des conditions à la reprise des inspections et c’en est fait de lui. Qu’il contrarie demain, si peu que ce soit, le travail des inspecteurs et Washington n’aurait pas de mal à obtenir que le Conseil de sécurité les rappelle et légitime une intervention. Au premier faux pas du régime irakien, non seulement Georges Bush donnerait l’ordre de marche à ses armées, à l’armée de l’air dans un premier temps, mais il serait alors approuvé par les alliés des Etats-Unis, France comprise. Saddam Hussein n’a désormais plus qu’un choix, céder, plier, mais c’est justement ce qu’il fait et s’il s’en tient à ce réalisme, s’il s’y tenait, Georges Bush n’aurait plus, lui, d’autre choix que de laisser les inspecteurs inspecter car, contrairement à lui, personne ne préférerait une guerre à une solution pacifique. Même Tony Blair disait hier, au milieu de son réquisitoire, qu’il fallait obtenir le désarmement de l’Irak « d’une manière ou l’autre », autrement dit par la guerre ou les inspections, et au-delà de ses déclarations martiales qu’a-t-il fait jusqu’à présent ? Il a obtenu, c’est son œuvre, que Georges Bush accepte d’en passer par l’Onu au lieu d’agir seul. Il a pu obtenir, au début du mois, ce revirement de la Maison-Blanche car la France, la Chine et la Russie, les trois autres membres du Conseil de sécurité, martelaient nuit et jour « rien sans l’Onu » et que Gerhard Schröder ralliait, lui, les électeurs allemands en proclamant qu’il ne fallait pas ajouter une crise à la crise. Tous sont toujours sur la même position. L’opinion américaine ne veut toujours pas d’une intervention sans soutien international. Saddam, devant le danger, s’est fait légaliste. Jacques Chirac a raison. La guerre n’est pas encore inéluctable.

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