A l’Onu, ce fut un triomphe. L’Assemblée générale a très chaleureusement applaudi Jacques Chirac. Le Président de la République a largement exprimé les Nations-Unies mais, aux Etats-Unis, il n’a pas eu, loin de là, autant de succès. La droite républicaine continue, bien sûr, de le vouer aux gémonies mais même de l’autre côté de l’échiquier politique, parmi les Démocrates, dans l’aile modérée du Parti républicain, sous la plume des journalistes les plus réfléchis également, l’impression prévaut que le Président de la République joue petit. Même aux yeux de ces Américains, chaque jour plus nombreux, qui voient désormais que leur pays s’enlise en Irak et que cette opération fut, au mieux, mal préparée, on en veut à Jacques Chirac de ne pas en faire assez pour trouver un terrain d’entente avec Georges Bush, pour permettre ainsi au Conseil de sécurité de faire front avec les Etats-Unis et empêcher, par là, que le chaos irakien ne débouche bientôt sur une débâcle américaine. Pire encore, on le soupçonne - d’où ce fameux article du New York Times, « Notre guerre avec la France » - de souhaiter, en fait, cette humiliation des Etats-Unis dont notre pays voudrait se servir pour prendre la tête d’une affirmation politique de l’Europe qui ravirait aux Américains leur prééminence actuelle. Georges Bush et Jacques Chirac se reparlent, se sourient, mais rien, autrement dit, ne s’arrange entre la France et l’Amérique et il y a deux raisons à cela, une bonne et une mauvaise. La première est qu’il est tout à fait vrai que l’ambition stratégique de la France, a de tout temps été de faire de l’Europe une puissance politique, à même de faire jeu égal avec les Etats-Unis, d’agir et de se faire entendre sur la scène internationale, d’organiser le débat et la démocratie mondiales que le monopole de puissance américain interdit, de fait, aujourd’hui. La crise irakienne a justifié cette ambition. Elle lui a permis de se développer en rangeant la majorité du monde du côté français mais ce n’est pas une volonté de pousser l’avantage qui fonde les propositions françaises sur l’Irak. Il y a, oui, concurrence entre Paris et Washington mais c’est se tromper du tout au tout que d’imaginer que la France souhaiterait une défait américaine à Bagdad et ne demanderait que dans ce but un retour à la souveraineté de l’Irak. La France ne veut pas que l’Amérique soit battue à Bagdad, choisisse la fuite en avant ou se replie du jour au lendemain car c’est le monde entier qui en serait alors déstabilisé et c’est, précisément, pour éviter cela qu’elle propose que les Irakiens puissent prendre, sans délai, la responsabilité de leur pays. La France ne veut pas que les troupes américaines soient rappelées d’Irak. Elle veut qu’elles y restent, le temps nécessaire à une stabilisation, qu’elles y restent sous commandement américain mais sous direction politique de l’Onu afin que ce soit un gouvernement irakien et non plus les Etats-Unis qui aient à faire face, avec l’aide internationale, aux difficultés de l’Irak. Tant que ce ne sera pas le cas, l’Amérique restera l’unique objet de tous les mécontentements irakiens, ne pourra pas y répondre et s’enfoncera toujours plus dans ce bourbier. Le réalisme serait de le comprendre. Le réalisme est, en l’occurrence, français.

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