Ce n’était pas l’apogée de samedi, 20 000 personnes dans un pays de dix millions d’habitants, mais il y avait encore plusieurs milliers de manifestants, hier, un dimanche soir, devant le Parlement hongrois. Huit jours après que le Premier ministre, Ferenc Gyurcsany, eut reconnu qu’il avait menti sur l’état des finances publiques pour se faire réélire au printemps dernier, les mouvements de protestation ne cessent pas à Budapest mais pourquoi ? Pourquoi cette lame de fond alors que Ferenc Gyurcsany, après tout, a reconnu ses mensonges pour pouvoir en sortir et appeler son parti aux mesures économiques qui, maintenant, s’imposent ? La réponse du pouvoir est que l’opposition de droite agite en sous-main l’extrême droite et joue sur le « Tous pourris ! » pour faire tomber le gouvernement. C’est une partie de la vérité mais si l’indignation est telle dans le pays, si l’opposition peut si facilement mobiliser, c’est avant tout que cette affaire a fait exploser une colère rentrée. Comme toute l’Europe centrale, la Hongrie vient de passer à marche forcée du communisme au capitalisme. Or non seulement ce retour à l’économie de marché ne s’est pas fait à l’avantage de tous, non seulement ce n’est pas l’équité sociale mais les inégalités les plus criantes qui se sont substituées à la grisaille égalitariste, mais les privatisations ont permis aux capitaux étrangers de mettre la main sur l’économie hongroise. Comme dans toute l’Europe centrale, en Pologne notamment, un ressentiment national s’ajoute au ressentiment social. Le cocktail est explosif et, pire encore, ce qui n’est pas revenu aux multinationales est allé dans la poche d’anciens cadres communistes qui ont su utiliser leurs réseaux pour racheter tout ce qu’ils pouvaient à bas prix. C’est ainsi que Ferenc Gyurcsany, qui fut responsable des Jeunesses communistes avant de devenir millionnaire et de se rebaptiser socialiste, a amassé l’une des premières fortunes du pays. Alors, forcément, trop, c’est trop. A entendre un tel homme, si brillant soit-il, annoncer des mesures d’austérité rigoureuse pour combler les déficits qu’il avait creusés afin de s’attirer des voix, toute une partie du pays lui répond rageusement : « Démission ! ». L’extrême droite, une extrême droite parfaitement affreuse, n’a pas créé cette situation. Elle en profite, ce qui est tout différent, exactement de la même manière qu’en ont profité les droites polonaises et que Vladimir Poutine avait profité de l’indignation des Russes contre le vol organisé qu’avaient aussi constitué leurs privatisation pour imposer un régime autoritaire. A Budapest, beaucoup dépendra, maintenant, des municipales de dimanche. S’il ne les perd qu’à moitié, si le pays refuse de basculer dans le nationalisme, Ferenc Gyurcsany pourra tenter de se maintenir. Si sa défaite est écrasante, il devra finir par partir mais un mauvais vent souffle à l’Est où les échiquiers politiques sont chamboulés. On en parlera tout au long de cette semaine. Bernard Guetta en direct de Budapest.

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