Tout le laisse penser mais ce n’est pas si simple. Lorsque le Conseil de sécurité dont les cinq membres permanents, ceux qui comptent vraiment, les Etats-Unis, la Chine, la Russie, la France et la Grande-Bretagne, sont tous des puissances nucléaires adopte à l’unanimité une résolution appelant à l’instauration d’un monde dénucléarisé, on ne peut que penser, irrésistiblement, que ce n’est pas à un club de fumeurs de cigares d’appeler à bannir le tabac. Summum de tartufferie, se dit-on. « Mais allez-y ! Commencez donc ! », avait on envie de leur crier hier mais il n’y avait pourtant pas là qu’hypocrisie. Proposée par les Etats-Unis, cette résolution a directement été inspirée par leur président, Barack Obama, qui est venu la défendre en personne et qui pense, réellement, qu’il y a urgence à faire baisser les tensions internationales et que les négociations qui ouvriraient la voie à une réduction progressive des arsenaux nucléaires favoriseraient cet objectif. Non seulement l’ambition est noble, et nécessaire, mais les moyens choisis pour y parvenir sont éprouvés car, après tout, c’est ainsi que la Guerre froide s’était transformée en coexistence pacifique puis en détente. Concrètement parlant, maintenant, Barack Obama poursuit, là, trois buts immédiats. Le premier est de marquer le sérieux et la détermination avec lesquels il envisage la reprise prochaine des négociations américano-russes visant à la réduction de leurs arsenaux atomiques. Il veut tout à la fois les inscrire dans une vision globale de réduction des tensions, y faire adhérer, par là même, la Russie et sceller, surtout, ce rapprochement diplomatique avec Moscou qu’il avait amorcé la semaine dernière en enterrant le projet de déploiement d’un bouclier anti-missiles en Europe centrale qui aurait infléchi l’équilibre stratégique hérité de la Guerre froide à l’avantage des Etats-Unis et au détriment de la Russie. Il souhaite par là, deuxième but, s’assurer l’appui du Kremlin face à l’Iran, faire comprendre à la République islamique qu’elle ne pourra plus compter sur une division des grandes puissances. Cette préoccupation tactique de Barack Obama est parfaitement claire à la veille du rendez-vous du 1ier octobre avec les négociateurs iraniens mais, bien au-delà de l’instauration de ce rapport de forces diplomatique, Barack Obama vise également, troisième but, à une fonction d’exemplarité. Etats-Unis en tête, les puissances nucléaires ne peuvent pas éternellement continuer à dire faites ce que je dis pas ce que je fais, et en même temps, moderniser et augmenter leurs capacités nucléaires et lutter efficacement contre la prolifération de l’arme atomique. Il y a un moment où cette bataille devra devenir universelle et l’on retrouve à nouveau, là, l’Iran, dans la mesure où la plus grave inquiétude suscitée par son programme nucléaire est qu’il risque vite d’amener l’Arabie saoudite, la Turquie, l’Egypte et la Jordanie à se doter à leur tour de la bombe ce qui donnerait, compte tenu d’Israël, six pays nucléaires dans le Proche-Orient de tous les dangers. Hypocrisie si l’on veut, oui, mais il faut alors reconnaître quelque chose de vertueux à cette hypocrisie.

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