La France sera bientôt engagée, indirectement mais engagée dans une opération militaire africaine. Le compte à rebours a commencé hier lorsque le président et le premier ministre du Mali ont demandé au secrétaire-général des Nations Unies que leur pays soit autorisé par le Conseil de sécurité à faire appel à une force internationale pour l’aider à libérer la partie nord de son territoire tombée aux mains de milices djihadistes le printemps dernier.

Cette autorisation ne devrait pas poser de problèmes puisqu’aucun des pays membres du Conseil de sécurité ne souhaite que cette situation perdure et, sitôt qu’aura été donné le feu vert de l’Onu, les pays de la Cédéao, de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest, commenceront à se déployer au Mali. C’est eux qui interviendront et mèneront les opérations aux côtés de l’armée malienne. La France, elle, ne participera pas aux combats et ne sera pas même présente au sol mais elle jouera un « rôle de facilitateur », comme le dit prudemment son ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius.

C’est à elle que reviendra, en d’autres termes, la planification des opérations et la fourniture du gros des armes comme c’est elle qui a mené le travail diplomatique nécessaire à la préparation de cette intervention.

Politiquement parlant, la France est et sera en première ligne parce que le Mali et la plus grande partie de l’Afrique occidentale faisaient partie de son empire, qu’elle y reste présente et influente, qu’on y parle français et que les pays de la région, aussi bien de l’Afrique subsaharienne que du Maghreb, la pressent de ne pas laisser se créer au Nord du Mali une place forte djihadiste qui constituerait, de surcroît, une menace pour sa propre sécurité.

L’enjeu n’est rien de moins que d’éviter la création au Sahel d’un nouvel Afghanistan – d’un « Sahelistan » dit Laurent Fabius – où pourraient continuer de confluer et de se réorganiser les débris des mouvements djihadistes d’Algérie et de Libye. Il s’agit tout à la fois d’aider un pays allié à recouvrer son intégrité territoriale, de libérer des populations soumises à des fanatiques qui pratiquent amputations et lapidations au nom du Coran, d’empêcher que cette occupation ne fasse tache d’huile et ne remette en question d’autres frontières de la région et de prévenir, enfin, tout déstabilisation de l’Algérie, de la Tunisie et de la Libye.

L’enjeu est de taille mais, outre que la France ne veut pas s’engager directement dans une nouvelle guerre au moment où elle se retire d’Afghanistan, la prudence lui commande de ne pas le faire parce qu’elle est l’ancienne puissance coloniale, que le nord du Mali n’est pas seulement occupé par des djihadistes mais également revendiqué par des mouvements indépendantistes touaregs dont le combat n’est pas forcément illégitime et que les djihadistes d’Aqmi, al Qaëda au Maghreb islamique, détiennent six otages français qu’ils menacent d’assassiner.

La France ne s’engagera pas au sol mais elle n’en entre pas moins dans une tourmente imposée qui va parallèlement tester les capacités de l’Afrique à assurer sa stabilité.

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