Où l'on voit que la République fédérale sera bien bien difficile à gouverner après ses sélections d'hier et que l'impulsion européenne viendra maintenant de Paris

Quand ce n’est pas l’une, c’est l’autre. Depuis quelques deux décennies, c’est la France qui repoussait les propositions allemandes d’approfondissement de l’unité européenne et maintenant que la France veut aller dans ce sens et s’apprête à le faire, dès cette semaine, voilà que les législatives allemandes viennent contrarier ce projet et faire de l’Allemagne la France d’hier, le pays du « non, non, non, pas si vite ».

Le problème n’est pas Mme Merkel.

Sortante et maintenant reconduite, la chancelière partage la volonté d’Emmanuel Macron de faire de la zone euro l’avant-garde intégrée de l’Union européenne mais elle n’aura pas assez d’élus pour gouverner seule, les sociaux-démocrates ne veulent pas reformer de coalition avec elle et elle devra donc s’allier aux libéraux du FDP qui ont obtenu près de 11% des voix, derrière l’extrême droite europhobe de l’AfD qui fera son entrée au Bundestag avec 13% des suffrages.

Or, en Allemagne, il faut un contrat de gouvernement pour former une coalition et les Libéraux, pourtant traditionnellement europhiles, ont fait campagne contre les idées françaises d’un budget de la zone euro. Après avoir été éliminés aux dernières élections, ils se sont refaits en jouant du sentiment que l’Allemagne paierait pour tous ses partenaires européens et qu’il serait temps que cela cesse.

Avec cette percée des Libéraux et de l’extrême-droite, l’Allemagne est devenue française mais les Libéraux et les démocrates-chrétiens de Mme Merkel n’ont pas la majorité à eux seuls. Il leur faudrait un troisième partenaire qui ne peut être que les Verts, absolument disposés à gouverner avec ces deux droites mais à condition qu’Angela Merkel en fasse plus pour la protection de la planète et que les Libéraux ne bloquent pas une refondation de l’Union européenne.

L’Allemagne a voté mais rien n’est dit.

Ces trois partis vont négocier et, si les Libéraux veulent revenir aux affaires, ils devront mettre de l’eau dans leur europhobie électorale et en revenir à leur europhilie d’antan qui est, en vérité, leur ADN.

On va voir, mais la certitude est que l’Allemagne entre aujourd’hui dans une période de confusion politiques parce que Mme Merkel en est à son dernier mandat, que les prétendants à sa succession vont s’affronter dans son parti et ne pas la ménager, que la gauche social-démocrate va se diviser sur les moyens de remonter la pente après être descendue à moins de 21% des voix, qu'il y aura plus de 90% d'élus d'extrême-droite,que la gauche de la gauche, Die Linke, les insoumis allemands, est à 9% et que la scène allemande est, en mot, très éclatée.

Il y a une incertitude allemande face à laquelle Emmanuel Macron va abattre, à la Sorbonne, des propositions européennes de long terme.

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