La Cour suprême du Royaume Uni a désavoué hier le Premier ministre sur sa décision de suspendre le Parlement, un signe de la solidité des institutions britanniques en ces temps de fortes tensions politiques, qui laisse toutefois le problème du Brexit entier.

Lady Hale, la Présidente de la Cour Suprême, lit, mardi 24 septembre, l’avis unanime de la Cour contre la suspension du Parlement par le Premier ministre Boris Johnson.
Lady Hale, la Présidente de la Cour Suprême, lit, mardi 24 septembre, l’avis unanime de la Cour contre la suspension du Parlement par le Premier ministre Boris Johnson. © AFP / UK SUPREME COURT / AFP

Dans la débâcle du Brexit, il est difficile de ne pas être admiratif de la manière avec laquelle les institutions du Royaume Uni résistent et maintiennent un édifice démocratique pourtant mis à mal par les tensions politiques.

Hier, la Cour suprême du Royaume a surpris tout le monde en statuant à l’unanimité, et dans des termes qui ne souffrent d’aucune ambiguïté, que Boris Johnson avait outrepassé ses pouvoirs en suspendant le parlement pour cinq semaines. Et au passage qu’il avait menti à la Reine. Le Parlement reprend donc sa session dès aujourd’hui.

L’opposition a aussitôt appelé à la démission du Premier ministre après ce camouflet de plus, qui s’ajoute à une longue liste. En temps normal, aucun premier ministre ne résisterait à une telle défaite ; Boris Johnson, lui, s’accroche.

Devenu minoritaire, le Premier ministre a tenté de passer en force, et a échoué : les institutions du Royaume ont été à la hauteur de leur réputation.

D’abord il faut savoir qu’il n’y a pas de Constitution, contrairement à la France qui en a changé plusieurs fois au cours des deux derniers siècles, et n’a pas fini de faire évoluer la sienne.

Il y a en revanche la Magna Carta, la Grande Charte des Libertés de l’Angleterre, qui remonte au 13ème siècle, qui a guidé l’évolution du droit anglais depuis des siècles, et reste le fondement des institutions britanniques. Elle a aussi inspiré les Déclarations des droits de l’homme dans le monde entier.

C’est dire le profond enracinement de ces règles de droit qui passent aujourd’hui le test de leur solidité. C’est un élément déterminant lorsqu’un homme politique comme Boris Johnson tente de manipuler les institutions pour parvenir à ses fins. La solidité de l’État de droit a eu raison de son opportunisme.

Mais le problème du Brexit reste entier, car ce qui était examiné hier, c’était le fonctionnement démocratique, pas la question du Brexit. Les Parlementaires se retrouvent aujourd’hui avec une équation inchangée, et un délai qui se réduit avant la sortie de l’Union prévue le 31 octobre.

C’est d’ailleurs le calcul de Boris Johnson, auquel il reste toujours la carte d’élections : le peuple contre les institutions, c’est le dernier atout de ce pur produit de l’élitisme britannique converti au populisme.

A l’opposé, on découvre au fil des rebondissements du Brexit des personnages publics d’exception : 

  • Lady Hale, qui a lu la décision de la cour suprême hier, première femme à la présider après s’être battue toute sa vie contre le sexisme ; 
  • John Bercow, évidemment, le Speaker de la Chambre des Communes, qui, affublé d’une invraisemblable cravate bariolée, s’est empressé de rappeler les députés en session ;
  • Ou encore Gina Miller, la femme-entrepreneur qui mène la croisade juridique, une native de la Guyana, née de parents d’origine indienne.

Nos amis britanniques sont peut-être en train de se suicider collectivement avec le saut dans le Brexit, mais reconnaissons qu’il le font avec panache !

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