Que ce soit Trump ou Biden, l’Amérique est traversée par un "vent de désengagement durable", selon un responsable français. Explications d’un monde multipolaire de plus en plus chaotique.

Donald Trump arrivant à une conférence de presse à la Maison Blanche le 2 septembre 2020. Le « monde post-américain » se poursuivra après lui.
Donald Trump arrivant à une conférence de presse à la Maison Blanche le 2 septembre 2020. Le « monde post-américain » se poursuivra après lui. © AFP / Drew Angerer / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP

Le "monde post-américain" était le titre d’un livre du journaliste de CNN Fareed Zakaria, paru en 2011, dans lequel il expliquait que si le monde avait changé, c’était moins en raison d’un prétendu déclin américain que de ce qu’il appelait "la montée des autres", la Chine, l’Inde, etc. Le leadership américain, expliquait-il, se porte bien sur tous les plans, économique, technologique, militaire et même politique.

Près d’une décennie plus tard, après bientôt quatre ans de présidence de Donald Trump, Fared Zakaria pourrait donner un autre sens au titre de son livre. Certes, la "montée des autres" reste marquante, en particulier celle de la Chine ; mais les États-Unis ont opéré un retrait relatif des affaires du monde ; ce n’est pas réellement de l’isolationnisme, mais un engagement à la carte, unilatéral, qui change la nature des relations internationales.

Le monde post-américain, version 2020, c’est donc un monde sans leadership incontesté, assurément plus l’"hyperpuissance" dont parlait Hubert Védrine au sortir de la Guerre Froide, dans les années 1990, ni même le gendarme omniprésent sur tous les continents. Le reflux a commencé avec Barack Obama, avec son refus d’intervenir en Syrie en 2013, et s’est accéléré avec Donald Trump.

Cette absence de leadership tout puissant a facilité l’émergence d’un monde multipolaire ; le problème est que ce monde ne connaît plus de règles communes, et semble de plus en plus chaotique.

Donald Trump a changé la nature du leadership international des États-Unis : il est sans foi ni loi, ne reconnaît plus réellement ses alliances, et est devenu imprévisible, voire irrationnel. 

Pire, il donne le mauvais exemple et fait ce qu’il reproche à ses adversaires : s’affranchir de ses engagements internationaux quand ça l’arrange, sans parler de son mépris pour le fonctionnement démocratique comme on le constate chaque jour à l’approche de l’élection du 3 novembre. L’exemplarité américain, au cœur de son rayonnement, son soft power, s’est singulièrement affaiblie.

Ce repli américain passera-t-il avec Trump ? Sans doute pas. Les experts ont un temps considéré la présidence de Trump comme un "accident" ; ils savent aujourd’hui qu’à sa manière, il a incarné une tendance de fond, un "vent de désengagement durable", selon la formule d’un responsable français.

Un monde post-américain ne signifie pas que l’Amérique disparait ou se replie derrière ses frontières, mais que sa vision du monde a changé ; ce sera vrai même en cas de victoire du démocrate Joe Biden.

Pour les autres, à commencer par nous Européens, cela pose une question existentielle après des décennies vécues sous le parapluie américain. La prise de conscience par les Européens de ce nouveau monde a été lente, mais elle se produit. Même si à Paris on ironise sur l’effet de lâche soulagement qu’aura une éventuelle présidence Biden, plus présentable.

Mais quel que soit le scénario, le monde post-américain est là pour durer, peut-être sous des formes différentes ; il nous force à nous interroger sur notre place dans ce nouveau monde, devenu nettement plus inquiétant.

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