Les attentats ne sont pas rares en Inde. Ils sont au contraire fréquents. Ils en viendraient presque à rythmer la vie de ce pays-continent où l’accession au pouvoir des hindouistes a très gravement tendu les relations entre hindous et musulmans sur fond d’affrontements militaires rampants au Cachemire, territoire himalayen que l’Inde et le Pakistan se disputent depuis un demi-siècle. Quand ce n’est pas cette guerre qui redémarre, c’est un massacre. Entre le deux, les bombes parlent mais si la dernière en date de ces tueries sort de cette affreuse routine ce n’est pas seulement à cause de son bilan. Près de cinquante morts hier à Bombay, deux voitures piégées en deux points d’un quartier touristique et commerçant, d’autres morts à venir, sans doute, tant les blessés sont nombreux, c’est lourd, même pour l’Inde, mais il y a, cette fois-ci, un contexte international en plus. Le plus terrifiant, dans cet attentat, est la question qu’il pose. Est-ce, déjà, doit-on se demander, le premier signe d’extension internationale du chaos irakien ? Rien ne le prouve aujourd’hui, aucun indice, aucune revendication, mais les groupes terroristes agissant en Inde sont manipulés, voire commandités, par les secteurs les plus extrémistes des services secrets pakistanais. Au Pakistan, les services secrets constituent un Etat dans l’Etat, une immense force qui mène sa propre politique, tantôt avec l’aval du pouvoir en place, tantôt contre lui. L’objectif de ces hommes de l’ombre a toujours été de renforcer leur pays contre l’Inde, contre cette puissance honnie, dix fois plus peuplée, plus de trois fois plus grande, dont le Pakistan s’était détaché lorsque la Grande-Bretagne s’est retirée des Indes et avec laquelle l’équilibre ne s’est encore jamais trouvé. L’Inde et le Pakistan, c’est ce que furent la France et l’Allemagne, deux pays qui ne finissent pas d’en découdre, toujours à préparer la prochaine et c’est pour cette raison que les services pakistanais, au milieu des années quatre-vingt-dix, avaient organisé, financé, en un mot téléguidé la prise de Kaboul par les Taliban. Le Pakistan est un pays musulman mais leur objectif n’avait rien de religieux. La foi n’est pas la préoccupation première des services pakistanais, l’intégrisme encore moins, mais ils voulaient contrôler l’Afghanistan à travers les Taliban, étendre l’influence pakistanaise jusqu’aux confins de l’Asie centrale afin de faire mieux le poids avec l’Inde. Entre la mouvance islamiste et le renseignement pakistanais, des liens d’une grande intimité se sont ainsi créés, une relation dans laquelle chacun utilise l’autre. Cela ne signifie pas que les bombes d’hier en aient été le fruit mais à l’heure où l’Amérique se rapproche de l’Inde, s’éloigne du Pakistan et tente de convaincre New Delhi d’envoyer des troupes à Bagdad, à l’heure où tous les réseaux islamistes ciblent l’Irak, il y a, c’est un fait, une convergence d’intérêts croissante entre les services pakistanais et les islamistes. Si ce n’est pas elle qui a joué hier, elle peut le faire demain. Il n’y a plus si loin de Bombay à Bagdad, pas plus loin que d’Islamabad à Kaboul.

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