La crise syrienne a désormais pris un tournant et trois mots le disent. « Oui, c’est possible », disait-on hier dans toutes les grandes capitales occidentales – il est maintenant, oui, tout à fait possible que l’Europe et les Etats-Unis prennent des mesures de rétorsion militaire contre le régime de Damas après qu’il a utilisé, mercredi, des armes chimiques dont l’emploi est strictement prohibé par les conventions internationales.

Après avoir demandé à voir des preuves, les Occidentaux estiment, autrement dit, n’en avoir que trop, non seulement parce que les images parlent d’elles-mêmes, que les services de renseignements en confirment l’authenticité et que les symptômes décrits par les médecins sont absolument concordants et probants mais également parce que le pouvoir syrien lui-même reconnaît que des armes chimiques ont bel et bien été utilisées, pas par lui, dit-il, mais par l’insurrection, « les terroristes », dit-on à Damas.

Le crime est avéré. Les Occidentaux ne croient pas une seconde qu’on puisse en accuser l’opposition. « Inacceptable », martèle-t-on à Paris et, après avoir réuni les principaux responsables diplomatiques et militaires des Etats-Unis, Barack Obama s’est entretenu avec le Premier ministre britannique David Cameron qui s’est ensuite entretenu avec François Hollande qui s’est à son tour entretenu, toujours au téléphone, avec Barack Obama.

La question n’est plus de savoir s’il y aura une réaction occidentale mais quant et comment elle interviendra. On en discute encore beaucoup, non pas tant entre les capitales que dans chacune d’entre elles, car il faut non seulement étudier les avantages et inconvénients de chacune des options possibles mais bien réfléchir, surtout, à ce que sera le jour d’après, à ce que pourraient être les conséquences régionales et internationales de cette réaction militaire des Occidentaux.

Ce qui est envisagé est, au minimum, de fournir des armes nettement plus sophistiquées qu’aujourd’hui à l’insurrection ou bien d’aller plus loin, soit en procédant à des frappes ciblées sur des installations de l’armée syrienne soit en instaurant – mais les états-majors n’y sont pas favorables – une zone d’exclusion aérienne au dessus des zones de combats afin de paralyser l’aviation du régime.

Ce n’était pas tranché hier soir. Cela pourrait prendre d’autant plus de temps que les Syriens ont fini par accepter, hier, une enquête de l’Onu et, sur les conséquences de cette réaction, les avis divergent entre conseillers des dirigeants occidentaux. Les uns craignent une réaction militaire de la Russie dont les autres disent qu’elle se contentera de vigoureuses protestations politiques.

Les uns prédisent des représailles iraniennes alors que les autres pensent que l’Iran restera prudent car il cherche un compromis avec les Occidentaux sur le nucléaire. Il y a, en a mot, deux écoles. L’une considère qu’on verra, là, que les Russes n’ont pas tant de griffes que cela et que les Iraniens sont affaiblis.

L’autre est plus alarmiste mais personne ne pense plus que la passivité puisse rester une option car, si les Occidentaux laissaient passer cela sans réagir, ils ne pourraient plus dissuader quiconque de faire quoi que ce soit. Quant à l’objectif final, il est clair pour tous : contraindre Damas à de vraies concessions.

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