Il y a deux manières de nommer les politiques qui viennent de provoquer une crise gouvernementale en France. Les uns parlent de politique « d’austérité », les autres de « redressement des comptes publics ». Cette seconde formulation est valorisante, la première ne l’est bien évidemment pas mais, au-delà des mots, ces politiques de réduction des déficits et dépenses budgétaires qui ne sont pas imposées par Bruxelles mais auxquelles les gouvernements des pays de l’Union européenne ont librement et collectivement souscrit parce qu’ils les considéraient comme nécessaires et bénéfiques sont-elles bonnes ou mauvaises et doivent-elles, autrement dit, être abandonnées ou poursuivies ?

En France comme ailleurs, c’est à cela que se réduit aujourd’hui le débat mais, ainsi formulée, cette question ne pourrait pas être plus mal posée. Le simple bon sens dit que les pays européens ne peuvent pas continuer à autant vivre au-dessus de leurs moyens car cela les mènerait droit à la faillite que la Grèce, l’Espagne ou le Portugal n’ont évitée qu’au prix d’insupportables sacrifices. Déplaisante ou pas c’est la vérité mais il est tout aussi vrai que la réduction des dépenses publiques accroît le chômage et réduit l’investissement, diminue l’activité et donc les rentrées fiscales et contribue ainsi à accroître les déficits au lieu de les réduire.

Est-ce à dire, alors, que tout le monde ait tort ?

Non. C’est au contraire que tout le monde a raison car il faut à la fois réduire les dépenses de fonctionnement des Etats et investir dans les infrastructures, la recherche et les industries d’avenir – diminuer les dépenses improductives et augmenter celles qui assureront la prospérité future. Il faut à la fois de vraies économies, massives et, bien sûr, douloureuses, et de lourds investissements, tellement importants que les Etats européens ne pourront pas les assurer en ordre dispersé.

Ce n’est qu’en commun, à plusieurs et, souvent, en partenariat entre le public et le privé, qu’ils pourront y procéder car, tandis que les économies de fonctionnement sont de la responsabilité des Etats, l’investissement, lui, ne peut être que collectif, c’est-à-dire européen. Il ne s’agit pas, aujourd’hui, d’opposer les investissements aux réductions de dépenses mais de les mener de pair, à leurs niveaux respectifs, national et européen, et les faits commandent, là, d’admettre que c’est ce que prône François Hollande.

C’est ce à quoi il voudrait parvenir. S’il est aussi attaché aux réductions de dépenses, ce n’est pas seulement parce qu’elles sont indispensables mais parce qu’elles constituent aussi le seul moyen de convaincre les autres Européens d’investir ensemble dans l’avenir mais le président français a un défaut qui lui nuit autant à lui-même qu’à la France et à l’Europe. Il parait incapable de faire comprendre ce qu’il veut faire, de défendre une vision et de constituer des coalitions, nationale et européenne, à même d’en faire une politique. Il y a un mystère Hollande et ce mystère est un problème.

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