Le 16 août dernier, le régime syrien faisait bombarder un marché de la banlieue Est de Damas. Vols à basse altitude, barils de poudre jetés sur la foule, on avait alors compté 117 morts à Douma, principalement des femmes et des enfants, et l’on en est maintenant, ces bombardements continuant, à 250 morts et plus de mille blessés dans cette région tenue par l’opposition à Bachar al-Assad.

Entre les crimes de ce régime d’assassins et ceux des jihadistes de l’Etat islamique, nul besoin de se demander pourquoi tant de Syriens ont fui vers les pays limitrophes ou s’échouent sur les côtes européennes mais y a-t-il la moindre chance de mettre enfin terme à ce conflit de quatre ans déjà qui n’est plus une guerre mais un déchaînement d’absolue barbarie ?

A court terme, la réponse est « non ». Meurtres, tortures, viols et destruction de villes entières, cela va continuer pour longtemps encore mais la situation est pourtant un peu moins bloquée qu’elle ne l’était jusqu’au début de l’été pour trois raisons.

La première est que le régime Assad est désormais à bout de souffle, essuyant de plus en plus de revers militaires, tenu à bout de bras par l’Iran et en pleine banqueroute financière. Ce pouvoir est si décrédibilisé et le comportement de ses hommes tellement odieux qu’il est aujourd’hui contesté jusque dans la minorité alaouite, celle dont est issue la famille Assad.

La deuxième raison qui est en train de faire évoluer la donne est que la Russie, l’autre des deux soutiens de ce régime avec l’Iran chiite, semble réaliser aujourd’hui qu’Assad ne peut plus gagner et qu’elle doit, en conséquence, chercher une solution de compromis en favorisant la mise en place d’un gouvernement de transition. Cela s’est senti, à la mi-août, au Conseil de sécurité de l’Onu lorsque la Russie s’est jointe aux autres grandes puissances pour appeler à une solution politique.

Cela se sent aussi à l’impressionnante multiplication de ses contacts avec les pays sunnites, tous hostiles au régime Assad. La Russie se rapproche d’autant plus du monde sunnite qu’elle sait que l’Iran va s’ouvrir aux pays occidentaux maintenant qu’a été conclu l’accord sur le nucléaire et la troisième raison d’espérer que la diplomatie puisse reprendre la main cet hiver est l’Iran lui-même. Sanctions économiques levées, l’Iran devrait vouloir se consacrer à son développement. C’est en tout cas ce que souhaitent les plus modérés de ses dirigeants que l’accord nucléaire a considérablement renforcés face à l’aile dure du régime. A Téhéran non plus, le mot de « transition » n’est plus tabou mais si rien n’est encore résolu c’est que Russes et Iraniens tiennent à ce que Bachar al-Assad reste en place durant cette transition.

La Russie comme l’Iran veulent sauver la face mais aucun des courants de l’opposition syrienne ne veut organiser des élections avec cet homme et ni la France (François Hollande l’a encore répété hier), ni les pays sunnites, ni même les Etats-Unis ne considèrent que quoi que ce soit de solide pourrait se faire tant qu’il n’aura pas choisi l’exil. La donne change, mais l’horreur va durer.

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