Trop présents, ils irritent. Trop absents, ils inquiètent...

 L'absence américaine
L'absence américaine © AFP / Saul Loeb

Et c’est un lamento qui monte donc aujourd’hui des capitales européennes et proche-orientales. « Mais que font les Américains ? Où sont-ils ? », y entend-on toujours plus et la réponse est simple : ils sont ailleurs. Ils ne sont plus là.

Vainqueurs de la Guerre froide, ils ne craignent plus de voir débouler les chars soviétiques jusqu’à la côte atlantique. Pour eux, l’Europe n’est plus un enjeu stratégique et, riches de leurs pétroles et gaz de schiste, ils n’ont plus autant besoin qu’hier du Proche-Orient qui n’a donc plus, pour les Etats-Unis, l’importance vitale qu’il avait depuis plus d’un siècle.

Vues de Washington, les deux rives de la Méditerranée, notre monde à nous autres Européens, n’ont ainsi plus qu’une importance relative, beaucoup moins grande en tout cas que celle de la Chine. Pour les Américains, les enjeux stratégiques, c’est là-bas qu’ils sont maintenant, en Asie, continent qu’ils ne veulent pas abandonner à l’influence chinoise car, si le pays le plus peuplé du monde ajoutait à son dynamisme économique un trop étroit réseau d’alliances avec ses voisins, la Chine deviendrait vite, et sans conteste, la première puissance du monde, loin devant les Etats-Unis.

C’est la grande bataille de ce siècle et la raison pour laquelle les Américains sont tellement actifs et présents en Asie. C’est vers elle qu’ils redirigent leurs forces militaires. C’est là-bas, surtout, beaucoup plus qu’en Europe et au Proche-Orient, qu’ils s’activent à consolider leurs alliances afin d’offrir à l’Asie une alternative à la Chine. C’est, en un mot, en Asie qu’ils défendent leurs intérêts alors qu’ils ne font, chez nous et à nos marches, que préserver leur tranquillité, ou tenter de le faire.

Ça les occupe beaucoup aussi.

C’est très chronophage. John Kerry, le chef de leur diplomatie, y consacre énormément de temps. Aujourd’hui encore, il est à Genève pour parler Ukraine et Syrie avec Sergueï Lavrov, le ministre russe des Affaires étrangères. Tous les regards sont braqués sur eux mais prenons un exemple que vient de rappeler le rapport de l’Onu sur la récente utilisation d’armes chimiques par Daesh et le pouvoir de Damas.

Pourquoi Barack Obama, il y a trois ans, avait-il renoncé, à la dernière seconde, à faire bombarder l’aviation de Bachar al-Assad ? Pourquoi s’était-il ainsi déjugé après avoir dit que l’utilisation d’armes chimiques par Damas constituait une ligne rouge ?

Inconséquence, légèreté, lâcheté, entend-on mais non, pas du tout.

Les Etats-Unis amorçaient alors leur grand compromis avec l’Iran sur la question nucléaire. C’était leur priorité car ils ne voulaient pas que les Saoudiens et les Israéliens les poussent à aller bombarder les installations nucléaires iraniennes. Ils n’ont pas voulu compromettre cette négociation en allant frapper l’allié syrien des Iraniens. Ils ont choisi la tranquillité sur deux fronts sans se soucier de vision stratégique car au Proche-Orient pas plus qu’en Europe, ils n’en ont plus.

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