La venue du chef de la diplomatie iranienne à Biarritz, en marge du G7, ne sera pas appréciée par les « faucons » de Washington. Elle montre une certaine autonomie diplomatique européenne.

Emmanuel Macron et Donald Trump lors de la « photo de famille », peu après la rencontre avec le ministre iranien à Biarritz
Emmanuel Macron et Donald Trump lors de la « photo de famille », peu après la rencontre avec le ministre iranien à Biarritz © AFP / Ludovic MARIN / AFP

La seule question qui se posait à la veille du G7 était de savoir comment allait se manifester le fossé entre Donald Trump et ses partenaires européens. C’est donc sur l’Iran que la grande divergence transatlantique s’est exprimée, avec ce qu’un média américain a qualifié d’« embuscade » d’Emmanuel Macron au Président des États-Unis : la très spectaculaire venue du chef de la diplomatie iranienne à Biarritz.

Dès que la nouvelle a été connue, hier, tout le monde attendait le tweet de réaction de Donald Trump. On n’a eu droit qu’à un « joyeux anniversaire » à l’acteur Sean Connery, l’ex-James Bond, peut-être un message codé ! Mais plus sérieusement, le président américain s’est contenté de répondre « no comment », rien à dire, lorsque la question lui a été posée un peu plus tard. On l’a connu plus en verve.

Les Français insistent pour dire que Donald Trump avait été informé à l’avance, mais un premier couac sur l’Iran, dimanche matin, a montré que le président américain n’écoute que ce qui l’arrange. Disons qu’au minimum, Donald Trump s’est fait forcer la main pour se retrouver dans la même ville qu’un dirigeant iranien.

Que peut-on attendre de cette initiative ? Tout dépendra des États-Unis, une fois de plus. L’entourage de Donald Trump n’aura certainement pas apprécié l’invitation française à Mohamed Javad Zarif, dont il faut rappeler qu’il a fait l’objet de sanctions américaines il y a seulement trois semaines.

La stratégie de l’administration Trump vise à étrangler l’Iran avec des sanctions économiques qui ont un impact dramatique sur la population. Les « faucons » de Washington estiment que le régime iranien peut tomber si la pression maximale continue d’être exercée, et en ont convaincu le Président.

Trump peut-il changer d’avis ? Chaque fois que les Européens ont pensé pouvoir influencer ce président, ils ont échoué. Souvenez-vous du voyage d’Emmanuel Macron à Washington l’an dernier, afin de le convaincre de rester dans l’accord nucléaire. Idem pour le climat ou le Proche-Orient. Difficile de croire qu’il sera plus ouvert alors qu’il n’a qu’une idée en tête : sa réélection.

En revanche, l’initiative française d’hier a une autre vertu. Elle vient renforcer l’idée d’une autonomie diplomatique européenne face à Washington. Hier, des représentants du Royaume Uni et de l’Allemagne, les deux autres garants européens, avec la France, de l’accord nucléaire, ont été associés à la rencontre avec le ministre iranien.

Le message est clair : l’Europe, y compris le Royaume Uni avec Boris Johnson et le Brexit, n’a pas nécessairement la même vision que son allié américain, et elle agit en conséquences. Le message vaut d’abord pour l’Iran - qui a pu en douter et peut accepter de donner encore une chance à la diplomatie.

Mais il vaut d’abord pour les Européens, qui ont besoin de croire en eux-mêmes après la décennie noire que vient de traverser l’Union. Cette autonomie stratégique passe, de manière inattendue, par un avion iranien à Biarritz, en plein G7.

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