Des manœuvres aériennes et navales rivales se déroulent à partir d’aujourd’hui au large de la Crète, créant une situation dangereuse en Méditerranée orientale. La France y affiche sa solidarité avec la Grèce et Chypre, face à la Turquie.

Un navire de prospection turc escorté par la marine nationale turque, en 2019. La zone de tension s’est rapprochée de Chypre et de la Grèce cet été.
Un navire de prospection turc escorté par la marine nationale turque, en 2019. La zone de tension s’est rapprochée de Chypre et de la Grèce cet été. © AFP / DEFENCE MINISTERY PRESS SERVICE / TURKISH DEFENCE MINISTRY / AFP

Ca se passe au large de la Crète à partir d’aujourd’hui, et c’est une stratégie de la tension à haut risque. Des navires et des avions de combat grecs, turcs, chypriotes, français, et d’autres nationalités encore, se retrouvent dans le même espace maritime et aérien pour des manœuvres militaires concurrentes, à la merci du moindre incident.

C’est le dernier épisode d’une crise qui ne cesse de monter dans cette partie de la Méditerranée, avec pour enjeu les ambitions géopolitiques du Président turc Recep Tayyip Erdogan, l’odeur des réserves sous-marines de gaz, et plus généralement l’instauration de nouveaux rapports de force aux confins de l’Europe.

La France a décidé de monter au créneau en envoyant des avions Rafale et deux navires, affichant ainsi une solidarité sans faille avec la Grèce et Chypre, deux États-membres de l’Union européenne confrontés à l’activisme d’Ankara. La Turquie a en effet déployé un navire de prospection escorté par sa marine de guerre dans ce qui est techniquement la zone économique exclusive de Chypre.

Mais on ne peut réduire ce bras de fer à la seule question, non négligeable, des hydrocarbures, quand on apprend que des avions de combat des Émirats arabes unis sont arrivés, eux aussi, en Grèce, pour participer à ces manoeuvres. Bien loin de la Méditerranée, les Emirats s’opposent à la Turquie en Libye et ailleurs, tout comme l’Égypte du maréchal al-Sissi, viscéralement anti-Frères Musulmans.

Aucun des protagonistes ne souhaite vraisemblablement un conflit, qui opposerait de surcroit des pays membres de la même alliance, l’Otan dans le cas de la Turquie, de la Grèce et de la France. Le risque, à ce stade, est celui d’un conflit « par inadvertance », à la suite d’un incident provoquant une escalade inexorable. 

C’est ce qui inquiète un pays comme l’Allemagne qui, à l’opposé de la France, a choisi de ne pas s’opposer à la Turquie par une démonstration de force, mais a dépêché hier son ministre des Affaires étrangères à Athènes et Ankara pour tenter une désescalade.

Les ministres des Affaires étrangères des 27 se retrouvent en fin de semaine à Berlin, et le sujet sera assurément sur la table, pour trouver un équilibre entre solidarité avec deux États-membres, et une issue diplomatique plutôt que militaire à cette crise.

Cette affaire montre la difficulté pour l’Europe de définir une stratégie commune cohérente face à la montée en puissance à ses portes d’une puissance comme la Turquie, aux accents de revanche sur l’histoire ; surtout quand les États-Unis, leaders de l’OTAN, sont aux abonnés absents.

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