Tous les continents ou presque étaient représentés. A cette réunion du German Marshall Fund, fondation euro-américaine crée par les Allemands à la fin de la guerre, il y avait des Américains, en nombre, des Européens de l’Est et de l’Ouest, des Asiatiques et des latino-américains. Ils devaient initialement débattre de l’état des relations Europe et Amérique mais, soudain, tous voulaient savoir, comprendre, pourquoi ? Pourquoi, comment, en France, dans une démocratie, dans un pays qui n’est pas en crise économique, qui pourrait certainement marcher mieux mais ne marche, tout de même pas si mal, pourquoi un Jean-Marie Le Pen avait pu s’imposer sur le devant de la scène. Au début, les Français étaient sur la défensive, une explication par Français et, devant ce chaos gaulois, les autres étaient de plus en plus ironiques et critiques. Au début, les étrangers jugeaient, et sévèrement, les Français puis très vite, après le débat formel, questions de la salle, réponses du pupitre, le ton a changé. Il a changé car, petit à petit, les Européens se sont rendu compte, se sont souvenus, qu’ils étaient plus français, beaucoup plus semblables à nous, dans des situations politiques beaucoup plus parallèles à la nôtre que leurs premières réactions ne le laissaient voir. Car après tout, ce n’est pas seulement que bien d’autres pays européens, la liste est désormais connue, ont eux aussi une extrême-droite qui renaît et progresse. C’est également qu’en Autriche et en Italie cette extrême-droite est au gouvernement, dans des coalitions de droite - ce qui, en France, ne devrait pas se produire. Mais c’est aussi, surtout, que partout, à l’Est comme à l’Ouest, les causes de cette renaissance d’une force qu’on croyait oubliée sont les mêmes, très largement en tout cas. Partout les victimes de la mondialisation de l’économie, faute de trouver des avocats à gauche ou à droite, basculent à l’extrême-droite. Partout, le recul des Etats-nations, du cadre dans lequel avaient été négociés les équilibres sociaux de l’après-guerre, fait les choux-gras de la nouvelle extrême-droite. Partout, elle profite de l’incapacité dans laquelle se trouvent désormais les gouvernements à réguler l’économie de marché. Partout, elle prospère enfin sur cet entre deux eaux dans lequel nous sommes aujourd’hui, toujours des gouvernements nationaux, pas encore de dirigeants européens élus, de démocratie européenne, mais l’essentiel des vraies décisions négociées, à Bruxelles, entre 15 gouvernements, ou imposées par les accords qu’ils ont déjà passés. Il y a, dans toute l’Europe, une grande angoisse, dangereuse comme toutes les peurs, mauvaise conseillère, devant le changement de siècle que nous vivons, de période, d’Histoire, de géographie. Et même dans les pays où l’extrême-droite reste encore marginale, en Grande-Bretagne ou en Allemagne, la gauche et la droite peinent à garder la confiance de leurs électeurs, à se réinventer, à se redéfinir dans la nouvelle donne. C’est toute l’Europe qui doute et quand les réponses sont difficiles, les situations nouvelles, le simplisme et la démagogie ont un boulevard devant elles.

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