Mieux vaut tard que jamais, bien sûr, mais que c’est tard ! Il aura presque fallu un an aux Américains pour revenir sur la plus grande erreur qu’ils aient commise en Irak, la dissolution de l’armée et le licenciement de tous ceux des fonctionnaires qui avaient eu une responsabilité dans le parti Baas. Du jour au lendemain, c’était un mai dernier, l’Irak avait été ainsi privé de la totalité de ses militaires et de quelques 30 000 cadres surtout, des enseignants, des médecins, des responsables des administrations locales, régionales et nationales, d’hommes indispensables au fonctionnement d’un pays qu’il s’agissait, pourtant, de reconstruire. Alors qu’il fallait faire redémarrer l’économie, fonctionner l’Etat, assurer l’ordre, alors qu’il fallait donner du travail aux gens et non pas en mettre sur le carreau, les administrateurs américains avaient procédé à un épuration indiscriminée sans voir que le pays dont ils venaient de prendre les commandes fonctionnait depuis plusieurs décennies sur le modèle soviétique. On n’avait pas le choix dans l’Irak de Saddam. Pour exercer un métier et y progresser, il fallait faire allégeance au régime en entrant au parti et en acceptant d’y monter en grade. Autrement, on végétait au mieux quand on ne se retrouvait pas au prison et c’était si vrai que dans aucun des anciens pays communistes européens on n’a chassé de leur emploi des fonctionnaires, à fortiori des enseignants ou des médecins, au seul motif qu’ils avaient été responsables du parti. Les Etats-Unis ne manquaient pas de soviétologues, de gens qui savaient cela, mais cela ne les a pas empêchés – pure imbécillité, pure présomption - de débaassifier et de commettre ainsi une double erreur. Non seulement ils ont cassé un Etat et une armée dont ils avaient évidemment besoin pour stabiliser le pays mais ils ont retourné contre eux des hommes qui auraient été tout prêts, dans leur immense majorité, à les accueillir en libérateurs et les aider. Au lieu de cela, les premières manifestations antiaméricaines ont été des protestations des fonctionnaires et de militaires réduits à la famine et de nombreux officiers, plusieurs milliers sans doute, ont rapidement basculé dans la résistance clandestine et les attentats. Depuis vendredi, les Américains ont compris. Comme le leur demandaient l’Onu et les pays européens, ils ont accepté de séparer le bon grain de l’ivraie, de réintégrer tous ceux des fonctionnaires et des militaires dont le seul crime était de ne pas avoir été des héros. Les choses devraient maintenant aller vite. C’est bien, tant mieux mais, outre que le mal fait ne sera pas totalement défait, loin s’en faut, les Etats-Unis continuent, parallèlement, à hésiter sur le réel degré d’autonomie qu’ils sont prêts à concéder au gouvernement provisoire qui doit, théoriquement, prendre en charge la souveraineté irakienne d’ici le 30 juin. Les responsables américains tardent tant à se décider qu’avant même d’être mis en place ce gouvernement perd déjà sa crédibilité – sa capacité à organiser des élections et mettre en place des institutions nationales sans lesquelles les Etats-Unis s’enfonceront toujours plus dans un statut d’occupant.

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