Les pays ont la politique de leurs intérêts. L’Afrique, où le Président chinois est arrivé lundi en provenance d’Arabie saoudite, est riche en pétrole et matières premières. La Chine, elle, a désespérément besoin de matières premières et, surtout, de pétrole, pour maintenir ses taux de croissance et cela seul suffirait à expliquer que les échanges entre le pays le plus peuplé du monde et le moins développé des continents aient maintenant atteint les 37 milliards de dollars - niveau encore relativement modeste mais, déjà, quatre fois supérieur à ce qu’il était il y a cinq ans. En plein boom, les relations sino-africaines ne tiennent pourtant pas qu’à l’or noir. Pauvres ou très pauvres, les pays africains sont également un débouché idéal pour l’industrie chinoise et ses bas prix - un marché sur lequel ses chaussures, ses téléviseurs, ses textiles peuvent sans problème trouver plus d’acheteurs que les produits occidentaux, trop chers pour les pouvoirs d’achat africains. Et ce n’est pas tout. La Chine a également à offrir ses ingénieurs et ses entreprises de construction, très actifs de l’Algérie au Zimbabwe en passant par le Tchad, le Soudan et l’Angola. L’Afrique devient une terre promise pour la Chine qui espère, enfin, glaner, à la faveur du développement de ces échanges commerciaux, les soutiens diplomatiques, des voix aux Nations Unies, qui lui sont nécessaires dans l’affaire de Taiwan, l’ancienne Formose, l’autre Chine, qu’elle compte bien récupérer un jour comme elle a déjà remis la main sur Hong Kong. En Afrique, la Chine ne s’embarrasse donc de scrupules particuliers. Là où les Etats-Unis et les anciennes puissances coloniales, France et Grande-Bretagne, s’efforcent de promouvoir, avec plus ou moins d’ardeur, verbalement au moins, les droits de l’homme et plus de démocratie, elle ne fait, elle, même pas semblant d’avoir ce souci qui ne l’habite au demeurant pas chez elle. Elle traite avec les gouvernements en place, tels qu’ils sont, quoi qu’ils fassent, prenant la place des Occidentaux au Zimbabwe après qu’ils ont rompu avec le régime de Robert Mugabe, soutenant le Soudan malgré les massacres du Darfour ou fermant les yeux, tout récemment, sur l’emploi de ses fournitures militaires dans les tentatives de déstabilisation soudanaises du Tchad. Non seulement la Chine devient un concurrent commercial des Occidentaux en Afrique mais elle va leur y poser de plus en plus de problèmes politiques car sa renaissance économique est en train d’en faire un acteur majeur de la scène internationale avec lequel il faut dès à présent compter, notamment dans la crise iranienne. C’est si vrai que Hu Jintao a commencé lundi cette tournée africaine par le Maroc, allié par excellence de la France et des Etats-Unis. La Chine va y créer des entreprises sino-marocaines qui pourront profiter, pour leurs exportations, des accords commerciaux du royaume avec l’Amérique et l’Europe. Fès et Marrakech devraient, parallèlement, devenir des destinations privilégiées du tourisme chinois. Le monde change.

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