Proche de Jacques Delors et ancienne collaboratrice de François Mitterrand, Ségolène Royal est très attachée au projet d’unification européenne. Elle l’est car elle appartient à cette gauche qui considère, premièrement, que seule une Europe unie et pesant sur la scène internationale pourrait préserver son modèle social et, deuxièmement, que seule une puissance publique de taille continentale pourrait désormais rééquilibrer le rapport de force entre le Capital et le Travail. L’Europe est, pour elle, une priorité et cela d’autant plus que, quel qu’il soit, le prochain chef de l’Etat aura très vite, dans les semaines qui suivront son élection, à faire connaître à nos partenaires la position de la France sur la relance de l’Union. Aux yeux de Ségolène Royal on ne sortira de la panne actuelle que si les salariés européens n’ont plus le sentiment d’être les laissés-pour-compte du processus d’union. C’est une condition sine qua non, pense-t-elle, et c’est pour cela qu’elle ambitionne d’arriver à un nouveau projet de Traité constitutionnel, limité à ses deux premières parties – les institutions et la Charte des droits fondamentaux – expurgée du rappel des anciens Traités, complété surtout par un « volet social prenant en considération les droits des travailleurs » et soumis au bout du compte à référendum. Le problème est que la France n’est pas seule à décider. Non seulement il faut l’unanimité des 27 Etats membres pour adopter un nouveau projet de Traité mais la seule idée d’un volet social additionnel et totalement irrecevable pour les pays les plus libéraux, Grande-Bretagne en tête. Alors que faire ? La réponse de Ségolène Royal est qu’il faut commencer par reformer la locomotive franco-allemande, pouvoir ainsi défendre ce volet social avec Angela Merkel et son gouvernement de coalition démocrate chrétienne et social-démocrate, et former, à partir de là, une force d’entraînement au sein de l’Union. Jusque là, rien d’impossible, difficile mais jouable, mais ensuite ? Et bien ensuite, expliquent ses conseillers, certains pays pourront opposer un refus mais la situation actuelle sera renversée. Ce n’est plus la France et son « non » qui feront obstacle à la poursuite du processus d’unification. Ce sera les adversaires de ce volet social et c’est alors eux qui auront à prendre leurs responsabilités. En clair, la présidente Royal veut engager, aux côtés de l’Allemagne, une bataille politique au sein de l’Union qui pourrait bien déboucher sur un traité institutionnel ne liant pas tous les Etats de l’Union - sur une Union dans l’Union. On ne le dit pas aussi clairement, c’est le sous-entendu, mais cette idée d’un noyau politique au sein de l’Union ne monte pas seulement au parti socialiste. Elle est de plus en plus évoquée dans beaucoup de milieux européens et n’est guère éloignée, de surcroît, de la position de François Bayrou, partisan lui aussi, d’une Europe politique au sein de l’actuelle Union.

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