Ce n’est pas seulement que l’un est au plus bas dans les sondages et l’autre confronté à des affaires de corruption, de prostitution de mineures et de fraude fiscale. Nicolas Sarkozy et Silvio Berlusconi sont tous deux fragilisés sur leur scène intérieure mails ils sont également sous pression de partis qui ont fait leur cheval de bataille de la lutte contre l’immigration et, dans ces conditions, l’afflux vers l’Europe de Tunisiens fuyant les difficultés économiques nées de leur révolution ne pouvait que les amener à trop en faire. Le chef du gouvernement italien a décidé de se débarrasser de ces réfugiés débarqués sur l’île de Lampedusa en utilisant pour cela les accords de Schengen qui ont supprimé les frontières entre les pays européens signataires et permettent aux étrangers autorisés à séjourner dans l’un d’entre eux de se rendre légalement dans les autres. Silvio Berlusconi a donc fait délivrer des permis de séjour à ces réfugiés dont il savait pertinemment qu’ils n’aspiraient pas à s’installer en Italie mais en France car ils en parlent la langue et peuvent, souvent, y trouver des appuis familiaux. C’était habile de sa part mais violait totalement le sens des accords de Schengen qui visent à faire une frontière commune du pays de première entrée dans l’Union européenne et non pas à supprimer les frontières extérieures de l’Europe et moins encore à faire d’immigrants illégaux des immigrés légaux à la seule condition qu’ils aillent s’installer ailleurs que dans le premier pays où leur fuite les a menés. Silvio Berlusconi s’est assis sur un accord signé par l’Italie mais, au lieu de dénoncer la manipulation de ce texte, Nicolas Sarkozy a répondu par un coup de poing à un coup de pied en faisant bloquer des trains en gare de Vintimille puis en menaçant de suspendre les accords de Schengen comme si c’était eux et non pas le chef du gouvernement italien qui constituaient le problème. Le président de la République a ainsi accrédité les mensonges de l’extrême-droite sur l’Europe passoire et les dangers que représenterait la libre circulation dans l’espace Schengen. Il s’est mis au niveau de Silvio Berlusconi en ne faisant pas plus honneur que lui à sa fonction et ce spectacle était devenu si gênant que l’un et l’autre devraient se mettre d’accord aujourd’hui, au cours du 29ième sommet franco-italien, pour demander ensemble que l’Union européenne se saisisse du problème migratoire que le printemps arabe risque effectivement de provoquer. On n’est plus là dans le fantasme mais dans la réalité car, si l’arrivée de quelques 25 000 réfugiés à Lampedusa n’est certainement pas un drame insurmontable pour l’Europe, il est en revanche vrai que le ralentissement de l’activité, notamment touristique, en Egypte et en Tunisie et les troubles libyens risquent de précipiter de plus en plus de gens sur les côtes européennes. L’Union ne pourra pas plus rejeter ces hommes à la mer que leur offrir un travail et la solution ne pourra donc passer que par des accords de coopération économique avec ces pays, par un renforcement des contrôles en coordination avec les pays de départ et par une pression militaire accrue sur le colonel Kadhafi afin d’obtenir son retrait. Ce n’est pas sans raison que l’Italie annonçait hier que son aviation participerait désormais aux frappes contre l’armée libyenne.

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