On l’espérait. On y croyait. On l’annonçait à ce micro et cela devient réalité car les faits l’imposaient. En déclarant hier, qu’il fallait « revenir en arrière » et « faire du pacte budgétaire un pacte de croissance », le président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, n’a fait qu’exprimer ce qui est en train de faire consensus dans toute l’Union.

Qu’ils soient de droite ou de gauche, chefs de gouvernement, grands patrons ou dirigeants syndicaux, il n’y a pour ainsi dire plus de responsables européens pour ne pas vouloir accompagner les mesures de désendettement d’une politique de relance économique. Aussi prévisible qu’elle ait été, cette évolution est spectaculaire car, il y a trois mois encore, face à la catastrophe dont menaçaient l’ampleur des dettes publiques et l’envolée des taux auxquels les Etats devaient emprunter, l’unique préoccupation était de tailler dans les dépenses et d’obliger tous les pays européens à le faire sous peine de se mettre en marge de l’Union et de ses solidarités.

C’est ainsi qu’était né le pacte budgétaire de décembre mais, sitôt ce pas franchi, des voix s’étaient fait entendre pour dire que la rigueur seule ne pouvait conduire qu’à un ralentissement de l’activité, à plus de chômage encore, moins de rentrées fiscales et donc plus de déséquilibres budgétaires et plus de cet endettement qu’il s’agissait de combattre. C’était l’évidence même mais elle était restée mal admise et globalement tue jusqu’au moment où la droite espagnole revenue au pouvoir a fini par murmurer que le roi était nu et que l’Europe courait dans le mur. Des patrons puis des banquiers ont commencé à le dire aussi et, lundi, le très orthodoxe gouvernement des Pays-Bas a du jeter l’éponge car il n’avait plus de majorité parlementaire pour approuver les coupes.

Ce fut sans doute le grand tournant, celui a précipité la déclaration de Mario Draghi, cet appel à « revenir en arrière » qui sonne aujourd’hui, à dix jours du second tour de la présidentielle française, comme une complète justification de cette volonté de renégocier le pacte budgétaire que François Hollande avait exprimée dès le début de sa campagne.

Alors qu’il pouvait difficilement l’ignorer, le président de la BCE a fait marquer un point au candidat socialiste. Le moins qu’on puisse dire est que les lignes bougent en Europe. Elles y bougent d’autant plus que Nicolas Sarkozy vient également de tirer la sonnette d’alarme contre les dangers de « déflation » mais s’il y a désormais consensus sur le diagnostic, sur la nécessité de la relance, il n’y en a pas sur l’ordonnance, sur les leviers économiques à actionner.

Les libéraux souhaitent déréglementer encore le marché du travail pour faire baisser les prix et faciliter l’embauche tandis que les gauches prônent des investissements communs dans les infrastructures et les industries d’avenir. C’est l’éternel débat entre Keynes et Adam Smith. Il est loin d’être tranché mais, comme il devra bien l’être, on voit déjà comment il le sera. Ce sera donnant-donnant, une dose de libéralisme contre une dose de dirigisme, et le dosage ne dépendra que d’une chose : des élections françaises et allemandes – autrement dit, du rapport de forces.

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