Oui, bien sûr, cela va sans dire, on ne se sentait guère fier, hier, d’être Français. Ce n’est pas que François Hollande ait manqué à toute dignité. Ce n’est pas qu’il ait passé sous silence la question des droits de l’Homme lors de la première journée de sa visite à Pékin mais « la légitime émotion » causée par les immolations au Tibet, la liste européenne des opposants emprisonnés remise à huis clos aux dirigeants chinois et la discussion « franche et respectueuse » qui s’en est en effet suivi, c’était tout de même bien peu, le service minimum, dans un pays qui a jeté un Prix Nobel en prison, persécute ses dissidents et s’assied sur toutes les libertés, de réunion, d’association et d’expression de ses citoyens.

La Chine est une dictature associant ce qu’il y a de pire dans le communisme et le capitalisme sauvage, les pleins pouvoirs d’un parti unique et l’absence de toute protection sociale, et l’on aurait donc aimé un geste de François Hollande qui rappelât, par exemple, le jour où François Mitterrand avait prononce le nom d’Andreï Sakharov en plein Kremlin, sous Brejnev.

La France eut alors mérité cette appellation de « patrie des droits de l’homme » dont elle s’enorgueillit tant mais… Regardons les choses en face, aussi désagréable que cela soit pour l’ego national.

Face à un pays en pleine expansion économique d’un milliard trois cent cinquante millions d’habitants, un pays de moins de soixante dix millions d’habitants, en pleine crise économique et dont le nombre de chômeurs ne cesse plus de s’envoler ne peut guère plus peser qu’une grenouille face à un éléphant. Nous pouvons protester et nous draper dans les plus nobles et les plus nécessaires des principes, mais la Chine s’en moque.

La Chine sait parfaitement bien que nous avons besoin d’elle, que ses investissements et ses marchés sont nécessaires à la relance de notre activité et au rééquilibrage de nos relations commerciales avec elle – 46 milliards d’euros de déficit, 40% du déficit commercial de la France – et cela détermine un rapport de force, à tout le moins défavorable. Alors disons-le, il y a quelque chose d’aveugle, d’hypocrite ou les deux dans les commentaires reprochant sa prudence au président de la République car, si l’on veut la croissance, cette prudence était obligée et, si l’on veut modifier ce rapport de force, ce n’est pas la France qu’il faut enjoindre de parler plus haut mais l’Europe politique qu’il faut faire en joignant nos forces dans une seule et même puissance.

Allons plus loin. En pleine transition, le monde vit un changement historique, marqué par la mondialisation de tous les problèmes, énergétiques, sécuritaires, commerciaux, environnementaux, et par l’émergence de nouveaux géants battant en brèche l’hégémonie occidentale. Dans une telle période, aucun gouvernement ne saurait ignorer la Chine avec laquelle les Etats doivent bien discuter et, même, coopérer pour tenter de définir un nouvel ordre international. Il serait irresponsable de s’en abstenir dans le seul souci de ne pas se salir les mains et, dernier point, ce que les gouvernements ne doivent pas faire, la presse, les partis, les citoyens le peuvent et c’est avant tout à eux d’appeler un chat un chat et le régime chinois, une dictature.

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