Le parti d’extrême droite Vox devrait faire son entrée au parlement national après les législatives de dimanche, dopé par la crise de Catalogne ; mais ce sont les socialistes qui sont favoris.

Santiago Abascal, le leader de Vox, au cours de la campagne électorale pour le scrutin du 28 avril, en meeting à Seville le 24 avril.
Santiago Abascal, le leader de Vox, au cours de la campagne électorale pour le scrutin du 28 avril, en meeting à Seville le 24 avril. © AFP / CRISTINA QUICLER / AFP

Pour la troisième fois en un peu plus de trois ans, les Espagnols sont appelés aux urnes ; et tout le monde aura les yeux fixés sur le score de Vox, le parti d’extrême droite, qui fera sans nul doute son entrée au Parlement national. Vox avait effectué une première percée au Parlement régional d’Andalousie en décembre dernier, avec 11% des voix.

Mais cette poussée d’extrême droite ne suffit pas à résumer la situation politique espagnole. Certes, l’Espagne rejoint le lot commun de la plupart des pays européens, dans lesquels des formations d’extrême droite ou populistes font désormais des scores à deux chiffres ; mais chaque pays a aussi son histoire politique.

En Espagne, la montée de Vox n’est pas principalement due à la question de l’immigration comme ailleurs. Seuls 9% des Espagnols placent ce sujet en tête de leurs préoccupations. 

C’est surtout la question de la Catalogne, et les menaces sur l’unité de l’Espagne qui ont valu cette progression à ce parti relativement récent ; et la déception face à la mollesse supposée du Parti populaire, la droite classique. Santiago Abascal, le leader de Vox, est d’ailleurs un transfuge du Parti populaire.

Dans ses discours de campagne, Vox promet d’interdire les partis indépendantistes, et flatte un nationalisme espagnol mis à mal par le régionalisme ; mais ce n’est pas tout : Vox est aussi une réaction aux changements de société, à la place prise par les femmes dans un univers autrefois patriarcal. Il utilise même un néologisme violent, « féminazisme », qui vise les équivalents espagnols du mouvement « me too », et les lois contre les violences faites aux femmes en Espagne.

Ce scrutin anticipé a été convoqué par le premier ministre socialiste Pedro Sanchez qui a dirigé un gouvernement minoritaire pendant moins d’un an. Il est aujourd’hui le favori, après avoir profité de ces dix mois au pouvoir pour se bâtir une stature et une crédibilité sociale qui manquaient aux socialistes depuis plusieurs années. Un rare retour en grâce d’un parti socialiste dans l’Union européenne.

Mais il ne devrait pas avoir la majorité absolue, et l’instabilité politique espagnole depuis 2015 risque de se prolonger. L’espoir de Pedro Sanchez est de continuer à gouverner seul, en position minoritaire un peu moins fragile.

En fait, la fragmentation politique espagnole se poursuit ; elle dure depuis plusieurs années et trouve sa source dans la crise de 2008-2009 qui avait durement touché l’Espagne. Les deux récentes formations de l’échiquier, les libéraux de Ciudadanos et la gauche radicale de Podemos, n’en profitent absolument pas, en particulier Podemos qui est en crise. 

Tout se passe comme si l’insatisfaction politique n’avait pas encore trouvé son exutoire, pas plus à l’extrême droite qu’ailleurs. Une leçon qui vaut sans doute pour une bonne partie de l’Europe.

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