Les hôpitaux manquent d’oxygène et sont saturés, alors qu’une deuxième vague de Covid-19 dévaste l’Inde. De nombreux pays et la diaspora indienne se mobilisent pour envoyer en Inde les moyens techniques d’aider à surmonter cette crise sans précédent.

Cérémonie de crémation d’une victime du Covid, vendredi 23 avril près du Gange, dans la ville d’Allahabad.
Cérémonie de crémation d’une victime du Covid, vendredi 23 avril près du Gange, dans la ville d’Allahabad. © AFP / Ritesh Shukla / NurPhoto / NurPhoto via AFP

C’est la catastrophe que tout le monde redoutait depuis le début de la pandémie, il y a maintenant quinze mois : une explosion du nombre de cas, des hôpitaux saturés, des patients qui meurent faute d’oxygène, et un pouvoir politique dépassé par la tragédie.

C’est en Inde que ce scénario, ce « tsunami » comme le décrit la presse indienne, a fini par arriver ; l’Inde et ses plus d’1,3 milliards d’habitants, qui avait crié victoire il y a plusieurs semaines contre une pandémie qui l’avait moins frappée qu’on ne le craignait l’an dernier. 

Mais le coronavirus n’avait pas dit son dernier mot, aidé par des décisions inconsidérées des pouvoirs politiques de laisser se dérouler les grands rassemblements religieux qui drainent des millions de personnes le long du Gange, ou d’organiser de vastes meetings politiques dans une région que le premier ministre voulait à tout prix gagner ; alors que les experts signalaient depuis la mi-février le début d’une deuxième vague.

Les images sont bouleversantes, comme celles de ces crémations à perte de vue, de jour comme de nuit ; de ces patients avec une bouteille d’oxygène sur le trottoir de l’hôpital. L’Inde tombe de haut et appelle à l’aide.

Il y a eu un flottement initial : pas facile d’aider les autres quand on est soi-même frappé par la pandémie. Finalement, l’Union européenne, le Royaume Uni, des entreprise privées et la diaspora indienne très mobilisée, tentent d’acheminer vers les hôpitaux indiens le matériel nécessaire, en particulier, pour la production d’oxygène.

Mais certaines hésitations laisseront des traces. Lorsque l’industrie pharmaceutique indienne, à court de composants chimiques, a demandé l’aide des Américains, la première réaction a été un refus net. La raison en est que Donald Trump a placé la production de vaccins sous un régime d’urgence qui interdit toute exportation.

Les réactions de choc en Inde ont vite fait comprendre à l’administration Biden qu’une faute avait été commise, envers un pays sur lequel les États-Unis comptent pour faire contrepoids à la Chine. Anthony Blinken, le Secrétaire d’État, a aussitôt tweeté que les États-Unis apporteraient à l’Inde toute l’aide nécessaire, une volte-face très politique.

Le premier ministre indien, le nationaliste hindou Narendra Modi, a reconnu hier que cette crise avait « ébranlé la nation ». Il est trop tôt pour en connaître le coût humain réel, les chiffres déjà vertigineux étant vraisemblablement sous-estimés en raison de l’étendue du pays, et de ses fortes inégalités d’accès aux soins.

Mais pour un pays qui se vivait comme la « pharmacie du monde », avec son industrie puissante qui joue un rôle important dans la vaccination mondiale, c’est un coup très dur. L’Inde se vit en grande puissance, surtout dans l’ombre de son voisin chinois, mais a encore bien du mal à s’en donner les moyens. La pandémie révèle les faiblesses de son « modèle ».

Au passage, cette crise risque d’avoir aussi des conséquences ailleurs dans le monde, car il est probable que l’industrie indienne pourra moins exporter de vaccins, notamment en Afrique. Une fois de plus, on réalise qu’une pandémie ne peut être gagnée dans un pays que quand elle est gagnée partout. Aider l’Inde est donc indispensable pour espérer, un jour, en finir avec ce redoutable virus.  

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