Personne ne fait mieux. Aucun homme politique au monde et, bien sûr, en Russie n’obtient aujourd’hui mieux auprès de ses concitoyens ces 82% d’opinions favorables dont le très sérieux institut de sondage Vtsiom que vient de créditer Vladimir Poutine. Les Russes aiment leur Président. Ils l’aiment pour la simple raison qu’ils retrouvent avec lui un orgueil national perdu depuis longtemps . Khrouchtchev était l’homme du XX° Congrès, celui qui avait eu le courage de dénoncer les crimes de Staline, mais il ne les en avait pas moins humiliés, pendant la crise de Cuba, lorsqu’il s’était déchaussé, en plein Conseil de sécurité, pour marteler la table de sa chaussure et s’incliner ,ensuite ,devant les Etats-Unis . Ce n’était pas très glorieux. Khrouchtchev faisait brouillon, mal dégrossi mais c’était Alexandre en personne à côté de Léonid Brejnev, son successeur. Brejnev, lui, était à peine arrivé au pouvoir que la maladie l’empêchait de marcher puis d’articuler, qu’il lui fallait le soutien de deux armoires à glace pour mettre un pied devant l’autre et que ses discours étaient si pâteux bouillie qu’il fallait les lire pour savoir ce qu’il avait dit. Pire encore, les dirigeants soviétiques vieillissaient tant autour de lui qu’ils formaient, sur la Place Rouge, une procession de fantômes et que ses deux successeurs immédiats moururent en l’espace de trois ans. Vint alors Gorbatchev, alerte, souriant et ouvert, mais si ses réformes permirent à l’URSS de sortir sans drame du communisme, s’il fut un très grand homme, il fut aussi porteur des mauvaises nouvelles. C’est sous Gorbatchev que les Russes apprirent le véritable état de leur pays, comprirent que l’URSS n’était pa un super-grand mais un pays ruiné au développement duquel ils avaient été sacrifiés pour rien depuis soixante-dix ans. Les Russses en ont tellement voulu à Mikhaïl Gorbatchev que lorsque Boris Eltsine le chassa du Kremlin, il parut un sauveur. On ne lui en voulait pas, à lui, d’avoir dissout l’URSS, l’empire bâti par les Tsars. On l’applaudissait d’avoir tourné la page communiste, de privatiser, de décréter le passage à l’économie de marché, d’occidentaliser, croyait-on. Eltsine, en réalité, ne fit qu’achever de ruiner la Russie et lorsqu’il fut patent qu’il l’avait partagé entre ses amis, sa « famille », et que la vodka ne lui laissait que de brefs instants de lucidité, le jeune inconnu auquel il laissa le pouvoir enthousiasma les Russes. Et cela dure. Mince, sportif, autoritaire et austère, brutal aussi, Vladimir Poutine a toutes les qualités qu’attendaient les Russes de leur Président. Il est l’image même de la Russie dont ils rêvaient après tant d’humiliations et s’il ne relève pas leur niveau de vie, au moins fait-il bonne figure dans les réunions internationales et refuse-t-il, en Tchétchénie, de laisser la patrie reculer d’un centimètre supplémentaire. Les 129 otages du théâtre morts, en octobre, d’avoir été libérés au gaz de combat, cela n’a choqué qu’en Europe. En Russie, cette détermination a plu. La Russie est à nouveau dirigée, en apparences au moins et, mieux encore, Georges Bush ne jure que par son ami Vladimir, le considère tant que les Russes s’en croiraient presque revenus aux temps des deux Grands.

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