C’est une politique du pire mais elle n’est pas irrationnelle. Aux commandes de la Bande de Gaza depuis juin 2007, les islamistes du Hamas palestinien multiplient ces derniers jours les tirs d’obus et de roquettes contre le territoire israélien. Dans la seule journée de mercredi, ils n’en auraient pas lancé moins de 84 et le ton monte, donc, en Israël où des plans d’attaque de ce territoire côtier ont été approuvés par le cabinet et où le Premier ministre comme la ministre des Affaires étrangères lancent une mise en garde après l’autre au Hamas. Il n’est, maintenant, plus impossible que les Israéliens décident de riposter. Cette nouvelle pourrait tomber à chaque instant. Le Hamas pourrait alors essuyer des coups sévères mais, si ses dirigeants ont pris ce risque, c’est qu’ils l’ont calculé. Israël a évacué Gaza il y a trois ans, en septembre 2005, sur décision d’Ariel Sharon qui avait été le chantre du Grand Israël, d’un Israël s’étendant dans ce qui avait été ses frontières bibliques, mais qui en était enfin venu à comprendre, et à dire, six mois avant de tomber dans le coma, que son pays ne pouvait pas poursuivre l’occupation des Territoires palestiniens sans mettre en danger sa démocratie, sans s’exposer à ce que les Palestiniens deviennent plus nombreux que les Israéliens et sans qu’Israël ait à mener une politique d’apartheid qui serait le commencement de sa fin. A part l’extrême droite, et encore, plus personne ne prône en Israël la réoccupation de Gaza et c’est parce qu’il le sait, comme tout le monde, que le Hamas organise ces tirs afin de placer les Israéliens devant une alternative impossible. Laisser faire, c’est aller au devant d’un tir tombant sur une école ou un supermarché, d’un bain de sang que la population israélienne ne pardonnerait pas à son gouvernement centriste à huit semaines des législatives anticipées du 10 février prochain. Le gouvernement sortant doit réagir sous peine d’offrir un triomphe à ses adversaires du Likoud, de la droite, mais intervenir est tout aussi dangereux et vain, de surcroît car que peuvent faire les Israéliens. Dès lors qu’ils excluent de réoccuper ce territoire qu’ils auraient, d’ailleurs, le plus grand mal à contrôler, ils ne peuvent qu’essayer de mettre la main sur la direction du Hamas et de démanteler les plates-formes de tir. Or ces ceux objectifs seraient aussi difficiles à atteindre l’un que l’autre puisque les dirigeants du Mouvement de la résistante islamique ont évidemment préparé leurs bases de repli et que les tirs proviennent de zones très habitées, d’immeubles et même d’écoles et d’hôpitaux. En intervenant, les Israéliens pourraient non seulement ne pas mettre la main sur la direction du Hamas, essuyer un échec, mais faire aussi tant de victimes civiles que toute l’opération se solderait, pour eux, par un désastre politique. C’est pour cela qu’ils hésitent. C’est pour cela que les islamistes jouent avec le feu, dans l’espoir d’arracher aux Israéliens, en échange d’une nouvelle trêve, la levée du blocus qu’ils imposent à Gaza depuis que le Hamas en a pris le contrôle, en juin 2007. C’est un poker qui peut très mal tourner.

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