Ce matin, quelle réponse israélienne à la résolution de l'ONU condamnant les colonies de peuplement ?

Il y a un décalage assez saisissant entre, d'une part une résolution somme toute assez banale adoptée par les Nations unies, une résolution qui condamne les implantations israéliennes en Cisjordanie et à Jérusalem, et la réaction de Benjamin Netanyahu.

Sitôt adoptée en fin de semaine dernière, le gouvernement israélien a rappelé son ambassadeur à Dakar et annulé toute aide au Sénégal. Il a procédé de même avec la Nouvelle-Zélande, privant l'ambassadeur de ses vacances de Noël. Il s'est ensuite adressé aux Israéliens en leur expliquant que cette résolution procédait d'un monde ancien et qu'il suffisait à Israël d'attendre l'arrivée d'une nouvelle ère, plus favorable. L'allusion à Donald Trump est on ne peut plus claire. Mais la question reste entière : pourquoi tant d'agitation alors que la résolution en question n'inclut aucune sanction, qu'elle condamne les implantations mais en des termes particulièrement prudents ? En clair, ce n'est pas la fin du monde.

Reste que son adoption est tout de même historique... C'est bien pour cette raison que le gouvernement israélien a réagi aussi violemment. Que les Etats-Unis laissent passer une résolution des Nations unies condamnant Israël, ça n'était pas arrivé depuis les années 70. La vrai problème est là. Depuis les printemps arabes, la conflit israélo-palestinien était le grand oublié, et pour tout dire, le cadet des soucis de la communauté internationale, éclipsé par les troubles en Tunisie, puis en Egypte, en Libye et enfin bien sûr en Syrie. Une sorte de tranquillité géopolitique qui a favorisé l'idée en Israël qu'il n'y avait plus de problèmes, ou alors infiniment moins graves, y compris pour les Palestiniens, que la guerre civile en Syrie, à quelques dizaines de kilomètres de là.

Cette résolution de l'ONU aurait-elle donc réveillé le monstre ? Elle a surtout réveillé un sentiment d'incertitude. S'il y a bien un ultime appui sur lequel le gouvernement israélien est convaincu de compter, c'est bien l'appui indéfectible des Etats-Unis. Or en s'abstenant, Washington a détruit cette certitude. En s'abstenant, Obama a fait passer un message très inconfortable : il est envisageable que les Etats-Unis joignent un jour, pas demain mais un jour, leur voix à celle de la communauté internationale.

Enfin, la réaction israélienne est aussi une démonstration par l'absurde de l'importance des Nations unies. Ne croyez pas le discours ambiant sur la fameuse « impuissance des Nations unies », sur son échec cuisant ou encore sur son inconséquence. Israël est née grâce à une résolution des Nations Unies et dans des pays, comme Israël, qui sont des Etats de droit, où tout est affaire de légalité ou non, une résolution de l'ONU est une affaire sérieuse. Pas contraignante : sérieuse et déstabilisante.

C'est exactement le but des Nations unies par cette résolution : redire le droit et réinstaller un peu d'instabilité dans un conflit qu'on a trop vite oublié, souvent par commodité, tant du côté israélien que du côté de la communauté internationale.

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