Le chef de la diplomatie turque a mis en garde la France contre toute tentative de protéger les combattants kurdes de Syrie après le départ américain. La France tente de limiter la casse pour ses alliés kurdes mais n’ira pas plus loin.

Miliciens syriens soutenus par la Turquie en route mardi 25 décembre vers la zone tenue par les Kurdes dans la région de Mambij. Ankara promet d’annihiler les guerriers kurdes alliés du PKK turc.
Miliciens syriens soutenus par la Turquie en route mardi 25 décembre vers la zone tenue par les Kurdes dans la région de Mambij. Ankara promet d’annihiler les guerriers kurdes alliés du PKK turc. © AFP / Nazeer AL-KHATIB / AFP

Dans le nord-est de la Syrie, tout se met en place pour un bras de fer politico-militaire dans lequel la France se retrouve l’un des acteurs. 

Mais contrairement à ce que laisse entendre la mise en garde lancée hier par le Ministre turc des Affaires étrangères, Mevlüt Cavusoglu, la France n’a ni l’ambition, ni les moyens sur place, de remplacer les États-Unis comme protecteurs des forces kurdes syriennes. Une fois de plus, l’autonomie stratégique européenne dont on rêve à Paris est un projet lointain, déconnecté des rapports de force actuels.

Les éléments des forces spéciales françaises qui se trouvent dans cette région, ainsi que les civils français de l’aide humanitaire, ne pourront vraisemblablement pas rester après le départ des quelque 2000 soldats américains dont Donald Trump a brutalement décidé le retrait.

En revanche, et c’est sans doute ce qui explique la sortie peu diplomatique du ministre turc, la France fait ce qu’elle peut, dans les coulisses, pour amortir le choc pour ces combattants kurdes, qui ont été des alliés-clé dans la reconquête des territoires contrôlés par Daech ces derniers mois.

Paris plaide auprès des Américains pour qu’ils retardent au maximum le départ de leur contingent, une demande partagée par les départements de la Défense et des Affaires étrangères à Washington, mais pas par la Maison Blanche qui semble pressée de montrer qu’une promesse électorale de plus a été tenue. 

Faute de faire changer d’avis au Président américain -on l’a vu avec la démission du général Mattis-, ils tentent de lui faire comprendre qu’il ne peut pas se laver les mains des conséquences que pourrait avoir une offensive turque sur la zone des Kurdes de Syrie. Ankara considère ces derniers comme les alliés de leur ennemi, le Parti des travailleurs kurdes de Turquie, le PKK, et leur promet un sort tragique.

Le rapprochement américano-turc est spectaculaire après une période de froid : la Turquie a invité hier Donald Trump en visite officielle en 2019, et un gros contrat de missiles américains Patriot, est aussi dans la balance ; on sait à quel point Donald Trump y est sensible.

Une délégation kurde était à Paris il y a quelques jours, avant de se rendre ensuite à Moscou, acteur majeur du conflit. Les Kurdes syriens n’ont guère de choix que de se retourner vers le régime de Damas comme un moindre mal face aux Turcs ; ils tentent de négocier un certain degré d’autonomie et des garanties de sécurité ; mais ils le font dans un rapport de force défavorable après le lâchage américain. 

Seule l’hostilité du régime de Damas et de la Russie, à voir la Turquie accroître sa zone d’influence dans le nord de la Syrie, peut plaider en leur faveur.

Des mouvements de troupes divers sont en cours dans cette zone, comme pour une veillée d’armes. La France, qui est présente à la fois en raison de la lutte contre les restes de Daech et pour peser un tant soit peu dans la suite, tente pour sa part de limiter la casse dans ce virage stratégique qu’elle n’a pas choisi.

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