Il n’y avait pas d’annonce spectaculaire, pas plus en politique intérieure qu’en politique étrangère. Il n’y avait pas même, dans cette adresse au Congrès prononcée, mardi soir, par Barack Obama, d’effets oratoires ou de formules dont on se souviendra longtemps mais, la presse américaine n’en tarissait pas moins d’éloges hier. De gauche à droite, elle a salué ce discours avec respect et considération et il suffit de lire ce texte pour en comprendre la raison. Un mois après sa prise de fonction, après avoir, en un mois, fait adopter un plan de relance de plus de 700 milliards de dollars, proscrit la torture autorisée par son prédécesseur, tendu la main à l’Iran et envoyé son représentant spécial sonder Israéliens et Palestiniens, Barack Obama aurait pu se flatter d’un tel bilan, mais non. Au sommet des sondages, il a bien plutôt choisi d’utiliser le capital de confiance dont il bénéficie pour parler "franchement et directement" à l’Amérique, lui dire qu’elle avait « raison » de s’inquiéter de la crise économique mais qu’elle aurait tort de s’en désespérer car les Etats-Unis avaient connu d’autres épreuves et s’en sortiraient « plus forts qu’auparavant » pour peu que « ce pays prenne, une fois de plus, la responsabilité de son avenir ». Et là, très tranquillement, sur le ton de l’évidence, Barack Obama a fait ce qu’aucun homme politique contemporain, sauf lui, n’ose jamais faire. Il s'est adressé à l'intelligence de ses compatriotes en leur demandant de voir leurs erreurs passées, individuelles et collectives, de comprendre l’origine de la crise qui les frappent afin de pouvoir la surmonter. « Le fait est que… », a-t-il dit, le fait est que l’Amérique, a-t-il rappelé, ne s’est pas soucié de trouver de nouvelles sources d’énergie, de réformer son système de santé et ses écoles, a vécu à crédit, l’Etat comme les particuliers, a préféré « les gains du court terme à la prospérité du long terme », l’œil sur le prochain trimestre ou la prochaine élection. Eh bien c’est fini, « le jour des comptes est arrivé », a-t-il enchaîné en employant l’expression qui signifie aussi le « Jour du jugement » et, ce passé rappelé, il a expliqué ce qu’il fallait et entendait faire. Il fallait enrayer la montée du chômage avec le plan de relance afin que l’économie ne tombe pas plus bas encore. Il fallait et faudra sauver les banques pour éviter une faillite générale et il faut maintenant « investir », par la dépense budgétaire, en revenant sur des lignes de crédit secondaires, dans trois domaines « absolument fondamentaux pour le futur » : l’énergie, la santé et l’éducation, les trois priorités – trois, pas une de plus – auxquelles il consacrera le budget qu’il présente cette semaine. Concret, pédagogue, Barack Obama a toujours pris soin, là, de s’inscrire dans les traditions, la culture et l’histoire américaines, de rassembler tout en défendant des choix tranchés, et l’on ne pouvait pas ne pas se dire, en l’écoutant de Paris, que les dirigeants européens auraient beaucoup à apprendre d’un homme d’Etat de cette envergure.

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