La gauche italienne est majoritaire à la Chambre mais n’a qu’une majorité relative au Sénat où il lui manque près de 40 sièges pour faire la décision. Même en s’alliant au centre, grand perdant de ce scrutin, la gauche n’a pas de majorité parlementaire et l’Italie se réveille aujourd’hui totalement ingouvernable.

L’Italie plonge dans une crise politique de première ampleur alors même qu’elle est en pleine récession et que sa dette dépasse les 120% de son PIB mais cette crise n’est pourtant rien à côté de celle qu’elle suscite en Europe où l’Italie est la quatrième économie de l’Union et la troisième de la zone euro.

Ce n’est pas seulement que les taux auxquels emprunte l’Italie ont maintenant toute chance de repartir à la hausse malgré les dures mesures d’assainissement prises par Mario Monti, le chef du gouvernement sortant. Ce n’est pas seulement que la monnaie unique renoue avec l’incertitude au moment même où l’Allemagne entre en campagne pour ses législatives de septembre et qu’il sera donc difficile de mettre au point une parade commune. C’est surtout que ces élections italiennes sont venues dire à quel point les Européens rejetaient l’austérité à laquelle l’Europe est désormais identifiée et se détournaient même du projet européen.

De tous les pays de l’Union, l’Italie était le plus europhile avec la Belgique. Signataire du traité de Rome, elle était le pays qui avait accepté comme une évidence de payer de nouveaux impôts pour pouvoir entrer dans l’euro et qui, tout récemment encore, plébiscitait la rigueur de Mario Monti par idéalisme européen.

Dans l’Italie divisée, incertaine, toujours entre deux crises politiques, l’Europe était le socle commun, le seul vrai consensus national, mais ses électeurs viennent de donner plus de 50% de leurs voix à deux candidats qui avaient axé toute leur campagne sur la dénonciation de l’Europe. Silvio Berlusconi est ressorti de sa tombe politique en cognant systématiquement sur Mme Merkel et les choix qu’elle aurait imposés à l’Italie. Beppe Grillo, comique entré en politique, a assuré le triomphe de son Mouvement 5 étoiles en dénonçant les élites pro-européennes et proposant une sortie de l’euro.

Les chiffres ne sont pas définitifs mais l’un et l’autre talonnent ou dépassent cet avocat de l’Union qu’est la gauche italienne. L’Europe a réuni contre elle la seule vraie majorité qui se soit dégagée de ce scrutin, et cela alors même qu’un sondage vient de révéler que le pourcentage de Français voyant dans l’Union européenne une « source d’espoir » était tombé de 61% à 38% en dix ans.

Depuis longtemps évident, le divorce entre les Européens et l’Europe devient une réalité majeure qu’il faudrait être aveugle pour ne pas voir. L’Europe devient minoritaire en Europe et ce désamour est autrement plus inquiétant pour elle que toutes les questions qui vont se reposer sur l’euro. Si la gauche paneuropéenne ne sait pas vite faire entendre, et comprendre, que l’austérité n’est pas européenne mais de droite, que les politiques européennes ne sont pas décidées par l’Europe en tant que telle mais par les partis qui la dominent aujourd’hui, c’est l’unité européenne qui sera bientôt en danger.

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