Cela ne garantit encore rien mais, dans la crise ukrainienne, le bon sens marque des points. Côté occidental d’abord, c’était à croire, hier, qu’on s’était donné le mot pour marteler qu’il ne devait pas y avoir là d’affrontement avec la Russie et qu’il ne s’agissait pas de ressusciter la Guerre froide.On a ainsi entendu le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, expliquer qu’il ne fallait pas « opposer, d’un côté, la Russie et, de l’autre, l’Union européenne » mais que l’Ukraine puisse travailler avec l’une et l’autre. « Il est crucial, a renchéri Lady Ashton, la chef de la diplomatie européenne, que la Russie, en tant qu’important voisin de l’Ukraine, lui apporte aussi son soutien ». Quant aux Etats-Unis, c’est leur secrétaire d’Etat, John Kerry, qui a personnellement déclaré qu’il « ne s’agissait pas de l’Ouest contre l’Est » et que cela « ne devait pas être le cas ». On n’aurait su mieux dire et, là-dessus, le ton a nettement baissé à Moscou où le ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, s’est montré beaucoup plus raisonnable que son Premier ministre la veille en affirmant que la Russie souhaitait que « l’Ukraine fasse partie de la famille européenne, dans tous les sens du terme » et qu’il serait « dangereux et contreproductif de la forcer au choix – vous êtes soit avec nous, soit contre nous ». La partie n’est pas gagnée mais tout se passe comme si les Occidentaux se rendaient compte qu’ils ne peuvent pas prendre seuls en charge l’Ukraine et en tout cas pas contre la Russie et comme si les Russes, digérant leur colère, réalisaient, eux, qu’ils n’auraient aucun intérêt à jouer la carte du pire dans ce pays car ils n’auraient rien à gagner à installer un foyer de tension au cœur du continent Europe et à hériter un jour d’une Ukraine en ruines et divisée. Des deux côtés, cela s’appelle le bon sens mais, en admettant qu’il finisse vraiment par l’emporter, où cela pourrait-il mener ? A court terme, cela pourrait permettre que la Russie, l’Union européenne, les Etats-Unis et les institutions financières internationales concourent à aider l’Ukraine, la première en continuant à lui fournir du gaz à tarif préférentiel, la deuxième en concluant, aux meilleurs conditions possibles, l’accord d’association que le président déchu avait refusé sous pression russe, l’Amérique en mettant la main à la poche et le FMI en ne posant pas de conditions trop strictes à des déblocages de prêts. Cela contribuerait à ramener le calme et, sur cette base, il serait alors possible d’arriver, à moyen terme, à un compromis continental aux termes duquel l’Ukraine et les autres anciennes Républiques soviétiques proclameraient leur neutralité tandis que la Russie ne s’opposerait plus au développement de leurs liens économiques et commerciaux avec l’Union. La Russie ne dirait plus « vous êtes soit avec nous, soit contre nous » et, à plus long terme, la Russie et l’Union pourraient enfin s’entendre pour développer leur coopération en finançant des investissements européens par des livraisons de matières premières - en modernisant la Russie tout en relançant la croissance européenne. On n’y est pas mais ce ne serait que le bon sens.

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